Les œuvres qui ont marqué l’Histoire de l’art

Focus, Voir plus loin - -

Quelles sont les œuvres d’art contemporain qui ont modelé et façonné le visage de l’Histoire de l’art ? Par une rupture avec l’art classique, ces révolutions ont ouvert de nouveaux champs et une liberté infinie.


Avant-gardistes, révolutionnaires, audacieux… tous marquent les esprits. Duchamp, Picasso, Christo, Anish Kapoor, JR, partagent en commun le statut de pionnier. Artsper vous explique, en quoi 11 de leurs œuvres ont marqué l’Histoire de l’art.

 

#1 Marcel Duchamp, Fountain, 1917

 

Fontaine_Duchamp

 

Marcel Duchamp signe la naissance du geste artistique comme œuvre d’art. Un geste qui se veut anti esthétique en prônant le concept ; c’est le « ready made », ici, qui assigne l’objet comme oeuvre d’art. La fontaine renversée s’apparente à un urinoir et donne des idées aux plus iconoclastes… L’artiste performateur Pierre Pinoncelli, armé d’un marteau et de son urine, attaque à deux reprises successives le « ready made », lors de l’exposition inaugurale du Carré des Arts de Nîmes, le 24 août 1993, puis il réitère au Centre Pompidou le 4 janvier 2006.

 

#2 Edouard Manet, Le déjeuner sur l’herbe, 1863

 

1200px-Édouard_Manet_-_Le_Déjeuner_sur_l'herbe

 

Le déjeuner sur l’herbe est connu comme un tableau anti Raphaël. Ces 3 personnages sont extraits du Jugement de Pâris de Raphaël, qui eux mêmes découlent d’une gravure de Raimondi. Mais Manet choque par trois détails, d’abord par la nudité de la femme entourée de deux hommes. La deuxième rupture opérée est l’élimination du divin : les Dieux ont disparu et les personnages sont chassés du ciel. Le troisième élément avant-gardiste et scandaleux pour l’époque : la modèle nous regarde avec provocation pour accentuer sa position de muse inspiratrice. Par ce regard qui nous fait face, le spectateur est introduit pour la première fois dans l’Histoire de l’art. Elle nous apostrophe mais demeure littéralement absorbée, telle est la naissance du théâtre d’exposition et non plus d’action, nommé  « facingness » par le théoricien Michael Fried.

 

#3 Pablo Picasso, Les demoiselles d’Avignon, 1907

 

ob_5fa4e1_demoiselles-d-avignon

 

A travers sa « période rose », Picasso signe une des œuvres les plus radicales de la période moderne en y éliminant toute trace de perspectivisme. Le peintre fait partie des rares artistes à s’intéresser aux objets, au primitivisme formel. Il traite le visage de ses demoiselles comme un objet formel lui permettant de traiter chaque élément de la représentation comme un élément plastique en soi. Les demoiselles d’Avignon héritent des influences picturales de Paul Cézanne, et intègrent les leitmotivs des cultures primitives : sculptures funéraires de l’Athènes antique, masques et fétiches africains… A la recherche de l’origine première, Picasso aspire à figer l’instant où la peinture émerge sur la toile : ce fameux  « tabula rasa ».

 

#4 Andy Warhol, Shot Sage Blue Marilyn, 1964

 

img-2

 

Andy Warhol « shoot » le visage de Marilyn Monroe et le décline à l’infini. Par la démultiplication sérigraphique, l’artiste façonne une Marylin troublante. Ce visage prolifère à travers la culture visuelle tout en niant son individualité. Sous cette angle, le culte de l’image entraîne la mort de l’individu. D’ailleurs, Andy Warhol réalise ce portrait peu de temps après le suicide de l’actrice. Les Marilyn composent moins un portrait pop coloré qu’un « memento mori » au sens de la théoricienne Susan Sontag.

 

#5 Christo, Pont Neuf, 1985

 

7e01ce1edd798afd5083e769317e2789

 

Le 22 septembre 1985, Christo & Jeanne Claude emballent le Pont Neuf pour 15 jours. Vêtu d’un drapé or, le plus vieux pont de Paris redore son blason en suscitant une nouvelle attitude auprès des passants qui ne levaient plus les yeux. Le couple d’artistes invite à habiter poétiquement le pont par un regard neuf et éveillé. L’installation signe un morceau de bravoure esthétique, technique et politique. Un morceau, d’ailleurs, non protégé par la loi, puisque la justice affirme qu’un concept dématérialisé (en l’occurrence, celui d’emballer un monument) ne peut pas être sous la coupe de la loi, seule la forme sensible, dans ce cas, est éligible.

 

#6 Robert Smithson, Spiral Jetty, 1990

 

9c4ae2fb4e5c3296cf37fb6ef2d9e26473f9788c

 

Proclamé comme le chef de file du Land Art, Robert Smithson, s’affiche comme un anti-Duchamp : il ne signe pas son oeuvre et l’offre comme le contraire d’un objet fabriqué en série pour s’estomper au fil du temps. Le Land Art utilise la terre comme matière première et sonde son évolution, dégradation et entropie. Robert Smithson sort du monde du white cube (la galerie) pour faire corps avec une visée de démocratisation de l’art. Spiral Jetty ouvre une utopie, celle de l’abolition des frontières géographiques et temporelles. L’oeuvre se clôt aussi sur une dystopie… puisque l’artiste décède lors d’une chute en hélicoptère en allant voir son oeuvre.

 

#7 Louise Bourgeois, Maman, 1999

 

2069389382_43e7a0f08b1_20151211200007_20151211200048

 

Maman ou l’araignée démesurée, revête un caractère autobiographique en rendant hommage à sa mère, Joséphine Bourgeois, ancienne réparatrice de tapisseries dans l’atelier de restauration textile de son mari à Paris. Enfant, Louise Bourgeois, laisse bercer son regard vers les déambulations des fils esquissées par sa mère. Maman tisse la métaphore filée du filage, du soin et du refuge maternel. « L’araignée est une ode à ma mère (…) parce que ma mère était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu’une araignée ». L’araignée a déjà posé ses griefs à Londres, Tokyo, San Francisco, Copenhague, St Petersbourg, et tisse sa toile aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts d’Ottawa au Canada.

 

#8 Jeff Koons, Ballon Dog, 1994-2000

 

jeff_koons_balloon_dog_d5739099g

 

« Pourquoi Ballon Dog?
 Peut-être parce qu’il y a en lui l’idée de la survie. J’ai transformé un objet sans qualité et éphémère – un simple ballon- en une oeuvre monumentale qui a le pouvoir de survivre»
atteste Jeff Koons.

Survivre à 58 millions de dollars est le luxe que s’offrent ces chiens en acier. Muni de ses simples ballons, Jeff Koons, créateur ou as du marketing, reste l’artiste le plus cher au monde.

 

#9 Anish Kapoor, Dirty Corner, 2015

 

1008x646_dirty-corner-anish-kapoor

 

Dirty Corner surnommé le vagin de la reine investit les jardins royales du Château de Versailles au printemps 2015 le temps d’une exposition Kapoor Versailles. Par une grande trompe en acier, Anish Kapoor convie la connotation sexuelle chez les rois. La confrontation entre le sacré et le sexe, l’harmonie et le difforme, l’acier et la nature, oppose deux époques et par-là deux visions. Ceux qui demeurent enracinés dans la première, s’offusquent, et attaquent à 4 reprises l’oeuvre d’Anish Kapoor et atteignent ainsi « la liberté de création » atteste l’ancienne Ministre de la Culture Fleur Pellerin lors de sa venue au Château de Versailles.

 

#10 JR, La pyramide du Louvre, 2016

 

jr-se-paye-la-pyramide-du-louvre,M339844

 

En flirtant avec la magie, le street-artiste JR joue un tour de passe passe au plus grand musée du monde. La pyramide du Louvre disparaît après avoir subi une anamorphose (illusion optique) au courant du mois de mai 2016. Le trompe l’oeil trouble d’autant plus qu’il fond deux époques antinomiques : l’ère numérique (Photoshop) à l’époque médiévale (la façade Sully). L’audace de cette confrontation d’époques entraîne de vives polémiques auprès des traditionalistes. Par son geste, JR nous guide à poser un regard neuf et désintéressé sur ce que l’on ne contemple plus. « Aujourd’hui, à l’heure des selfies, les gens posaient devant ce monument, en lui tournant le dos » affirme JR.

 

#11 Yayoi Kusama, Dots Obsession, 2012

 

Kusama-Yayoi_Dots-obsession_2012_1500x998-980x652

 

Yayoi Kusama, véritable personnage iconoclaste, a hissé les pois bichromes au rang du star system. Les créateurs à l’instar de Louis Vuitton s’emparent de son leitmotiv. L’obsession de ses pois nous obsèdent à notre tour en absorbent notre corps dans des oeuvre immersives sous une prolifération de miroirs. Yayoi Kusama fond dans le décor en harmonisant sa personne à ses œuvres, et par là même, nous convie à l’alchimie.

Partager cet article :

1 Commentaire


Guillon-lemasne

Publié le 19 mars 2017, 17h32

comment exposer dans votre galerie en ligne ?

Laisser un commentaire