Les Grands Maîtres détournés par des artistes contemporains

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{Les Grands Maîtres dans tous leurs états!}

 

L’art a-t-il une mission suprême ? Une responsabilité vis-à-vis de son public ? Un principe directeur ? Cette question, qui a obsédé bon nombre d’artistes, de philosophes et d’intellectuels en tous genres, n’a hélas pas de réponse. L’avènement de l’art abstrait avec L’arc noir de Kandinsky (1912) et de l’art conceptuel avec la Fontaine de Duchamp (1917) a considérablement brouillé les pistes. Plus que jamais, l’art est sans limite, sans définition, sans règle.

Toutefois, on peut se permettre de déceler des caractéristiques communes dans toute forme d’art: la mise en oeuvre d’une technique et la recherche d’une originalité notamment. Mais l’originalité en art est une notion trouble. Rien n’est jamais purement original, sorti du néant. La référence au passé est inévitable. La référence au passé est omniprésente. Et… parfois… la référence au passé est souhaitée, affirmée, revendiquée.

Dans la sélection d’oeuvres qu’Artsper a souhaité vous présenter, les artistes se sont inspirés de tableaux classiques de grands maîtres, et ont réinterprété leurs messages ou leurs techniques. Une démarche artistique intéressante dans un monde en pleine fuite en avant.

 

Œuvre n°1

« Du sang français a coulé. Il demande à être vengé » déclare le Général Murat le 2 mai 1808. Au lendemain de la révolte du 2 mai 1808 à Madrid, les troupes napoléoniennes exécutent 400 rebelles espagnols.

El Tres de Mayo de Goya (1814), commanditée par le gouvernement espagnol à la suggestion de l’artiste, commémore leur sacrifice. Elle est considérée comme étant la première grande oeuvre révolutionnaire de par son style, son sujet et son intention.

Grands Maîtres art contemporain

Execution de Yeu Minjun (1995) reprend cette oeuvre et l’adapte à son histoire personnelle. Témoin de la répression sanglante sur la place Tienan’men en 1989, il répond à la violence par le rire. Ici, sur une place qui rappelle curieusement la place Tienan’men devant la Cité Interdite, de jeunes étudiants s’esclaffent tout en étant fusillés. A n’en pas douter, c’est une oeuvre révolutionnaire s’inspirant et réactualisant à merveille l’oeuvre de Goya!

Grands Maîtres art contemporain

Œuvre n°2

La Mort de Marat de Jacques Louis David (1793) représente le révolutionnaire Marat assassiné dans sa baignoire. « A Marat » est inscrit sur la boite devant la baignoire, et se présente comme une pierre tombale.

Grands Maîtres art contemporain

Dans l’oeuvre « A David! » (en vente ici) de César Santos (2013), le peintre a choisi de se représenter en Marat suicidé dans sa baignoire et tenant à la main un dessin à la manière de David. Sur la boite qui évoque une pierre tombale, il est écrit « A David! », et juste au-dessus se trouve une icône à connotation mercantile. C’est la peinture classique qu’on a assassiné, et c’est la société de consommation qui semble l’enterrer.

Le peintre fait ainsi une critique du marché de l’art contemporain. Derrière le peintre suicidé, on aperçoit les œuvres des artistes emblématiques de notre 21ème siècle dont la présence paraît toute ironique. Que ce soit Damien Hirst, Takashi Murakami ou Yue Minjun, leurs œuvres font office aujourd’hui de repères qualitatifs au sein du marché de l’art.

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Œuvre n°3

Les Ambassadeurs de Hans Hoblein le Jeune (1553) est un tableau énigmatique et d’une grande complexité. Il permet à Hoblein de rentrer au rang des grands maîtres de la peinture. Représentant une anecdote historique bien identifiée (Jean de Dinteville et Georges de Selve, ambassadeurs français, à la Cour de Londres), l’oeuvre est comme un accord qui sonne faux! Une corde de guitare est cassée, Dinteville porte un broche en forme de crâne, la Bretagne est écrite Pretagne sur le globe terrestre… C’est que toute cette science et ces arts ne sont que vanités! C’est ce que vient nous rappeler le crâne en anamorphose au premier plan…

Grands Maîtres art contemporain

Dans sa série Fuck the Maîtres, Vincent Corpet (en vente ici) se plait à revisiter les tableaux de grands maitres. Dans cette version des Ambassadeurs (2013), il crée un réseau complexe de formes colorées, cachant ou révélant certains détails du tableau, et créant ainsi un nouvelle vision de l’oeuvre.

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Œuvre n°4

La Vénus endormie de Giorgione (1510) est un célèbre tableau empreint de sensualité et d’ambiguité. Cette Vénus dort-elle vraiment? Ou bien ferme-t-elle les yeux de plaisir en se touchant? Pourquoi se tourne-t-elle légèrement vers nous si ce n’est pas pour nous séduire? C’est la première fois qu’un nu si érotique est présenté à l’époque chrétienne, son thème prétendument mythologique apparait comme un prétexte pour montrer la nudité d’une jeune femme.

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Avec Red Venus (1986), l’artiste russe Alexandre Kosolapov détourne l’oeuvre dans un style de propagande communiste. Mais dans quel but? Séduire les militants?

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Œuvre n°5

Les Ménines est l’un des tableaux les plus célèbres du peintre espagnol Diego Velasquez, l’un des plus grands maîtres de la peinture. Peint en 1656 et représentant la famille et l’entourage de Philipe IV, roi d’Espagne, c’est l’une des oeuvres les plus commentées de l’histoire de l’art. De par sa complexité intrigante, elle est qualifiée de « théologie de la peinture » par certains.

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Pablo Picasso en a donné sa version en 1957.

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Et plus récemment (1992), Manolo Valdes sculpte Les Ménines. Des sculptures qui viennent rappeler les rondeurs des vêtements et de l’apparence de l’Infante d’Espagne, de sa dame de compagnie et de la naine qui l’accompagne.

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