Les femmes oubliées de l’art moderne

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Combien d’artistes femmes de l’art moderne pouvez-vous citer ? Bien qu’elles aient participé à l’histoire de l’art à même hauteur que leurs homologues du sexe opposé, les femmes artistes n’ont pas toujours eu la reconnaissance qu’elles méritaient. Longtemps exclues des écoles d’art et sans doute encore plus des galeries et musées, elles n’avaient quasiment aucune plateforme pour diffuser leur travail avant la montée du féminisme dans les années 70. Pourtant, de grandes dames ont contribué à tous les mouvements artistiques précédant cette époque d’émancipation de la femme : de l’Impressionnisme dans la seconde moitié du 19ème siècle à l’Expressionnisme abstrait en passant par le Surréalisme. Ces femmes restées dans l’ombre de leurs contemporains hommes restent aujourd’hui peu ou mal connues… Allez à la rencontre de 6 d’entre elles ! 

 

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Berthe Morisot

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BERTE MORISOT – Le psyché, 1876

 

Berte Morisot est une peintre française qui fait partie des membres fondateurs de l’Impressionnisme. Figure de proue du mouvement, elle exposa à tous les Salons impressionnistes qui eurent lieu entre 1874 et 1885 à l’exception d’un pour des raisons de santé. D’abord élève privée avec sa soeur, Edma, de Corot, c’est sous l’impulsion de ce dernier qu’elle commence à peindre dehors. Elle rencontre Edouard Manet en 1868 – c’est le début d’une longue amitié, et les deux peintres s’influencent énormément dans leurs styles respectifs. Ses oeuvres sont caractérisées par une grande légèreté picturale mais également une fine maitrise des techniques artistiques liées à la couleur qui lui valut d’être remarquée par Edgar Degas comme artiste à part entière. Seule femme à être exposée parmi la sélection de 29 artistes présentés à la première exposition du groupe impressionniste, Berte Morisot était exemplaire dans son plein engagement dans ce mouvement…

 

Mary Cassatt

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MARY CASSAT – Lydia dans une loge, portant un collier de perles, 1879

 

Malgré la réticence de ses parents à la laisser poursuivre une carrière de peintre, l’artiste américaine Mary Cassatt commença à étudier la peinture dès ses 15 ans à la prestigieuse Pennsylvania Academy of the Fine Arts , la plus vieille école artistique aux Etats-Unis. Déçue par la lenteur des cours et l’attitude condescendante de ses pairs et professeurs hommes, Cassatt décide de partir en France où elle suit des cours privés. Après un retour et séjour difficiles aux Etats-Unis où son père refuse toujours la voie que sa fille a choisie, elle retourne en France. C’est lorsque pour la première fois en 7 ans aucun de ses tableaux n’est présenté au Salon que Mary Cassatt fait la rencontre des Impressionnistes. Elle était fascinée par le travail de Degas qui eut une grande influence sur elle. Prête à s’engager aux côtés des membres du mouvement, elle prépare des toiles pour l’exposition de 1879 qui fut celle qui connut le plus de succès. A partir de la fin des années 80, elle se sépare de l’Avant-garde française et retrouve peu à peu un style beaucoup plus conservateur. On retiendra cependant sa volonté jusqu’à sa mort de vivre indépendamment en tant qu' »artiste » et non pas « femme artiste ».

 

Dorothea Tanning

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DOROTHEA TANNING – Eine Kleine Nachtmusik, 1943

 

La muse de Max Ernst avec qui elle partagea sa vie pendant 34 ans, Dorothea Tanning était dotée d’un grand talent artistique mais bien trop souvent éclipsé par son époux… Elle n’a jamais reçu de réelle formation artistique et a pourtant développé un style remarquable, qui a fait d’elle une figure incontournable du surréalisme. Ses premières oeuvres, telles Birthday, étaient des représentations figuratives de situations issues du rêve qui s’apparentent au mouvement surréaliste dont les représentants elle côtoyait régulièrement. C’est d’ailleurs cet autoportrait, où Tanning apparait seins nus, vêtue d’une longe jupe faite de ce qui semble être des racines d’arbre et accompagnée d’une petit bête étrange, qui aurait apparemment fait tomber Max Ernst amoureux d’elle. Cela n’empêche pas Tanning de se livrer à d’autres recherches créatives et ainsi, petit à petit, elle s’aventure davantage vers l’abstraction. Ainsi, ses oeuvres sont de moins en moins suggestives sans pour autant ne plus traiter du corps féminin, thème récurrent dans son travail. Artiste aux multiples talents, elle fait également de la sculpture et écrit de la poésie.

 

Leonor Fini

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LEONOR FINI – Ileria : Sphinx sur fond orange

 

Comme la plupart des femmes artistes de son temps, l’artiste argentino-italienne Leonor Fini est autodidacte. Elle expose pour la première fois à 17 ans dans la ville où elle a grandi, Trieste. 4 ans plus tard, ayant quitté l’Italie pour rejoindre Paris, elle fait sa première exposition personnelle. Dans la capitale française, Fini se lie d’amitié avec plusieurs membres du groupe surréaliste, mais elle refuse de s’affilier à tout mouvement ou manifeste. En effet, elle décrit son travail de manière simple : « Je peins ce qui n’existe pas et ce que je voudrais voir « . Se consacrant davantage au dessin, elle préfère néanmoins les estampes aux peintures, dans lesquelles elle traite de thèmes mystiques et érotiques. Passionnée de littérature, elle s’amuse également à illustrer les ouvrages d’auteurs qu’elle admire tels Edgar Allan Poe, Gérard de Nerval ou encore Charles Baudelaire. Elle fut également l’objet de nombreux textes d’écrivains : Paul Eluard, Giorgio de Chirico et d’autres de ses contemporains. Le talent de Leonor Fini s’étend même jusqu’à la création de décors et costumes pour le théâtre et l’opéra. Artiste singulière et esprit libre, Leonor Fini a su dépasser le rôle de « muse exotique » auquel les membres fondateurs du surréalisme relégué bien souvent la femme.

 

Kay Sage

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KAY SAGE – Tomorrow is Never, 1955

 

Kay Sage était une peintre et poète surréaliste d’origine américaine. Mariée à Yves Tanguy, une des stars du surréalisme, elle aussi a été « victime » du talent de son époux, tant elle oeuvrait dans l’ombre de ce dernier. Kay Sage est élevée par sa mère, une femme divorcée et mondaine, en Europe, avec un pied à terre en Italie. Son éducation peu conventionnelle pour l’époque a sans doute contribué à sa volonté de devenir une artiste accomplie et indépendante. En tout cas, elle parvient à se créer un vocabulaire pictural propre, qui se distingue nettement des formes arrondies et couleurs plutôt vives des autres peintres surréalistes. En effet, ses peintures nous transportent dans des paysage architecturaux empreints de futurisme et d’abstraction, où la ligne droite et les couleurs sourdes dominent . Comme ses compères surréalistes, elle était préoccupée par la juxtaposition d’objets irrationnels. Toute la force des plus notables de ses 200 toiles et dessins – réalisés en une vingtaine d’année – réside dans l’aspect inquiétant voire aliénant des horizons flous. L’absence de figure humaine amplifie le sentiment de désespoir qui dégage des oeuvres de Sage. On retrouve une même vision assez pessimiste du monde dans ses écrits.

 

Perle Fine

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PERLE FINE – Summer I,1958–59

 

Artiste déterminée, Perle Fine a consacré 50 ans de sa vie à l’abstraction. Elle a commencé e exposé ses travaux dans les années 40 et se retrouva très vite à l’épicentre du mouvement de l’Expressionnisme abstrait. Fille d’émigrés russes, elle grandit à Boston où elle commence à suivre des cours d’arts plastiques avant la fin de ses études secondaires. Elle quitte Boston pour New York à l’âge de 24 ans. Elle y rencontre de nombreux artistes dont Lee Krasner, qui restera une très chère amie toute sa vie. Encouragée par sa soeur et habituée du Metropolitan Museum of Art et du Modern Art Museum, elle s’entraine à copier les chefs d’oeuvre afin de comprendre ce qui fait d’un tableau une oeuvre d’art plutôt que « beaucoup de couleurs ». Puis en tant qu’élève de Hans Hofman, elle a un déclic… Et se livre à l’abstraction alors que la tendance est au Réalisme Social. Ce sont les années 30 et il lui faudra attendre l’après-guerre pour qu’on reconnaisse la valeur de son travail précurseur. Ainsi, en 1945, elle rejoint les « American Abstract Artists ». Puis, soutenu par Willem de Kooning, ce n’est qu’en 1949 qu’elle rentre à la galerie The stable qui était le rendez-vous de l’Expressionnisme abstrait de New York. Une des rares femmes à faire partie du Club, elle enseignera par la suite et fera de nombreux show personnels et collectifs jusqu’à sa mort en 1988.

 

 

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1 Commentaire


Monique Martens

Publié le 01 octobre 2016, 07h24

J’aime surtout  » Perle Fine – Summers 1953-1959
pour les couleurs etles formes abstraites 01/10/16

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