La place de l’art aborigène sur le marché de l’art


Avec une augmentation de plus de 20% sur la période 2000-2016, le marché de l’art aborigène est en bonne santé, constituant un investissement très intéressant pour tout collectionneur informé.

Jennifer Lewis Napaljarri – Artsper

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Lukarrara Jukurrpa – Rêve de la Lukarra, Jennifer Lewis Napaljarri

 

L’Art Aborigène connaît depuis les années 90 un regain d’intérêt sur la scène artistique. La visibilité importante de cet art est particulièrement due à l’activité de Sotheby’s qui crée en 1997 des ventes spécialisées en art aborigène. Chaque année, ce marché représente environ 50 millions de dollars pour la maison de ventes. Ces œuvres ont particulièrement  intéressé les acheteurs nord-américains et européens qui ont acheté 50% à 70% des lots, selon le rapport “Aboriginal Art and Torres Strait Islander” de 2013. Cependant les maisons de ventes semblent ignorer l’aspect très contemporain de cet art et classe ces ventes dans les “Arts anciens et ethnographiques”, séparées des artistes contemporains australiens, qui sont classés dans la catégorie “Peintures, dessins et sculptures”. Ce classement insinue la disparition de cet art alors que celui-ci est bien vivant et présent sur la scène artistique contemporaine, telle que nous le prouve les galeries d’art. En effet, le marché français est particulièrement actif et on note la présence d’importantes galeries spécialisées dans l’art aborigène tel que Arts d’Australie – Stéphane Jacob et Art Aborigène. Celles-ci travaillent soit directement avec les artistes, mais plus généralement elles traitent avec les coopératives, Centres d’art, qui promeuvent l’art aborigène depuis l’Australie et permettent d’offrir une sécurité financière et sociale aux artistes.

 

David Albury Tjampitjinpa – Artsper

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Sans Titre, David Albury Tjampitjinpa

 

On appelle art aborigène les œuvres créées par des sociétés traditionnelles politiquement et économiquement isolées. Les motifs que l’on retrouve sur les œuvres actuelles sont similaires à ceux que l’on retrouvait sur les roches, les écorces ou encore le corps des aborigènes. Ils symbolisent le lien entre le peuple aborigène et le monde spirituel ou racontent le parcours et enseignement de leurs ancêtres. Cet héritage des légendes et de la manière de créer constituerait la transmission la plus ancienne puisque les dernières recherches archéologiques prouve la présence d’oeuvres sur roches datant de plus de 50 000 ans, constituant ainsi la toute première oeuvre d’art au monde. Souvent produit à petite échelle, ce sont des œuvres qui ont une fonction importante dans la vie quotidienne de ces sociétés, ainsi elles ne devraient pas théoriquement répondre à un besoin exclusivement créatif.

Contrairement aux maisons de ventes qui se concentrent presque exclusivement sur l’aspect historique de l’oeuvre, les galeries d’art contemporain mettent en avant les artistes qui les ont réalisés. La vente des oeuvres aborigènes a posé beaucoup de souci face à la question des droits d’auteur selon la conception occidentale puisque nombreuses sont les oeuvres qui ont été réalisé traditionnellement, donc souvent collectivement alors que l’oeuvre n’est, par la suite, revendiquée que par un seul artiste. Pourtant la même problématique aurait dû alors se poser avec certains artistes occidentaux tel que Henry Moore qui travaillait énormément avec des apprentis et assistants, ou encore Rodin qui travailla avec une fonderie pour couler ses bronzes et dont l’un des sculpteurs travaillait les détails à la place de l’artiste. Ainsi, il est très important de s’informer sur la provenance de l’oeuvre et d’en vérifier l’authenticité.

 

Gloria Gill Napangardi – Artsper

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 Ngurlu Jukurrpa (Native Seed Dreaming), Gloria Gill Napangardi

 

Depuis leur introduction sur le marché, nombreux sont les artistes qui ont réussi a gagné une place importante sur le marché tel que Rover Thomas ou Clifford Possum Tjapaltjarri. Le premier artiste aborigène, reconnu mondialement, Brett Whiteley s’impose comme l’artiste australien le plus coté de la décennie. La réussite de ces artistes est souvent fulgurante du fait du petit nombre d’artistes pratiquant cet art sur le marché, et le nombre réduit d’oeuvre disponible. Cependant lorsque un artiste d’art aborigène perd de son authenticité, il perd très rapidement de la valeur sur le marché. Ainsi, l’histoire personnelle des artistes est particulièrement liée à leur réussite auprès des collectionneurs.

Ce marché offre entre les nouveaux artistes et les grands noms, une grande fourchette de prix, avec des œuvres d’une centaine d’euros à quelques milliers pour les jeunes artistes alors que les records atteignent plusieurs millions tel que pour l’oeuvre The Olgas for Ernest Giles de Brett Whiteley vendue plus de 2 milliards de dollars en 2007. Depuis le pic de 2007, le marché a faiblit avant de se stabiliser jusqu’en 2014. L’année 2015 a été particulièrement prospère pour les arts aborigènes avec une hausse de plus de 40 points selon l’index AIAM100, ce qui explique l’engouement des marchands dans ce marché accessible.

 

Andrew Spencer Tjapaltjarri – Artsper

17548_1_lUntitled, Andrew Spencer Tjapaltjarri

 

Ce succès est soutenu par les institutions publiques, tel que le Quai Branly et le Musée des Confluences de Lyon qui exposent de belles collections d’oeuvres aborigènes. Dernière exposition en date, TABA NABA au musée océanographique de Monaco va au-delà de la simple exposition d’oeuvres d’art mais par cet évènement le peuple aborigène passe un important message, celui de leur incompréhension du comportement des hommes face à leur environnement. Cet événement risque une fois encore d’attirer l’oeil des collectionneurs sur cet art combinant message politique, aspect décoratif oscillant entre peinture figurative et abstraite et témoignage culturel.

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