La folie représentée dans l’art

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Afin d’expliquer la représentation de la folie dans l’art, il faut tout d’abord étudier la peinture. De nombreuses œuvres picturales révèlent des informations précieuses aux historiens sur la société de leur époque.  Les peintures ayant pour sujet la folie illustrent comment le fou, personnage marginal et à part était vu par ses contemporains. Artsper aujourd’hui analysera trois peintures de peintres différents, interprétant ainsi la maladie mentale à différentes époques vues par différents artistes.

 

{Jérome Bosch, La nef des Fous (vers 1500)}

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Le peintre Jérôme Bosch dans son œuvre La nef des fous représente des membres du clergé débauchés navigant sur une barque. Même si ce ne sont pas des fous à proprement dit, le tableau peint par Bosch comporte un nombre significatif d’objets symboliques pour indiquer la dépravation et la folie. On y voit une bonne sœur et un moine jouant de la mandoline et s’apprêtant à déguster un morceau de viande en l’attrapant directement de leur bouche. A droite de ce banquet immoral, un homme est représenté en train de vomir dans la mer. Il s’agit d’une critique très forte du clergé qui passe par l’exagération de certains vices connus des hommes d’église. Un autre élément de ce tableau signifiant la folie est le fait que personne ne semble diriger cette embarcation. Le chemin de ce bateau est plus qu’incertain. La Nef des fous est donc un appel à l’ordre d’une société traversant une crise religieuse. Cette image de la folie est utilisée par le peintre afin de caricaturer les hommes du clergé pour les dénoncer.

 

{Théodore Géricault, La Monomane de l’envie (vers 1821)}

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Appartenant au mouvement romantique, La Monomane de l’envie est une œuvre de Théodore Géricault réalisée vers 1821. Il s’agit du portrait d’une femme âgée atteinte d’une maladie mentale : la monomanie. La monomanie désigne un déséquilibre qui ne se manifeste que sur un seul point de la personnalité, provoqué dans une seule situation. Comme son nom l’indique, c’est l’envie. Le désir et la convoitise provoquent chez elle une agitation, des convulsions voire un délire paranoïaque. Ce tableau appartient à une série de portraits d’aliénés peints par Géricault. Son visage livide est accentué par ses yeux injectés de sang et exorbités. On remarque que son regard est déviant et fixe un point hors du cadre, supposant une certaine agitation de la malade. La bouche est tordue en un rictus monstrueux. Cette œuvre était très novatrice pour l’époque. En effet, au XIXème siècle, la folie, la maladie mentale est un vice honteux que l’on cache. Les fous étaient rejetés et enfermés dans des asiles qui ressemblaient plus à des prisons qu’à des centres de soins. Géricault réalise cette peinture avec l’aide de deux médecins. Il y a donc, au-delà d’un intérêt graphique, une recherche scientifique sur ce sujet. Ce tableau est intéressant dans son approche car la malade n’est ni caricaturée ni idéalisée. Il n’y a pas de jugement de valeur porté sur cette femme. Elle est peinte sans artifices, rien n’est accentué ou masqué qui pourrait influencer la vision du spectateur.

 

{Autoportrait au coude droit d’Egon Schiele, 1914}

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Peintre autrichien du mouvement de la Sécession viennoise du début du XXème siècle, Egon Schiele est connu pour ses tableaux inquiétants d’une sexualité morbide dérangeante. Il a également réalisé un grand nombre d’autoportraits, l’expression de ses plus sombres névroses. Très intéressé par les maladies mentales, il se rendait dans des hôpitaux psychiatriques afin d’étudier ces malades. Captivé par les déformations du corps, il injecte cet univers de la folie dans des œuvres angoissantes, perturbantes qui ne laissent pas l’observateur indifférent. L’Autoportrait au coude droit interpelle par la dureté du trait de l’artiste. Le corps est déformé et désarticulé évoquant un déséquilibre de l’esprit. Une des couleurs dominantes est un rouge foncé plutôt brunâtre. C’est une couleur agressive et morbide. On remarque un strabisme accentué dans les yeux qui indique encore la part de folie de l’artiste. L’expression incertaine du visage, la position du corps déformé, la palette de couleurs, tous ces éléments participent à provoquer au spectateur un sentiment angoissant et perturbant. Shiele tente de représenter un trouble de la personnalité, un déséquilibre mental par la déformation physique. A travers ses autoportraits, l’artiste réalise une introspection et une auto-analyse brutale de son esprit et ses émotions.

La folie en peinture témoigne donc de la place du fou dans la société mais également d’une façon pour l’artiste d’étudier ses propres névroses. On voit une progression plutôt positive toutefois de la place du malade mental. En effet, au XVIème siècle, avec la Nef des fous, le fou est représenté comme un marginal, rejeté et utilisé pour dénoncer les vices de la société. Trois cents ans plus tard, avec l’œuvre de Géricault, on appréhende une représentation plus réaliste d’une malade, la folie est donc moins marginalisée et plus acceptée. Cette évolution s’explique par les idées humanistes du XVIIème siècle. Enfin au début du XXème siècle, Egon Schiele prouve que la névrose peut être assumée par l’être humain et fait partie de sa personnalité. La naissance de la psychanalyse permet cette pensée progressiste.

 Encore plus de folie 

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Pieter Brueghel, Le Combat de Carnaval et de Carême, 1559

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Egon Schiele, Autoportrait, 1912

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Théodore Géricault, Le monomane du vol ou le cleptoman, 1822

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Francisco de Goya, Le préau des fous, 1793

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