LA CARICATURE – UNE TRADITION FRANCAISE MAIS PAS QUE PREMIERE PARTIE


Le mot de caricature tient son origine de l’italien Caricare, charger. Rien de fondamentalement Français donc. Certes. Toutefois, la France a toujours culturellement entretenu un rapport étroit avec l’humour, la farce et la dérision. Et ceci depuis des âges anciens, le Moyen-Age disons.

L’obscénité, maître-mot des réjouissances auxquelles les vilains prenaient part lors des carnavals, charivaris et fêtes des fous organisés pendant l’année sur les places des villes et villages. Il s’agissait de s’amuser de la vulgarité, de se moquer de la difformité et de la folie en portant des masques aux traits grossiers, d’exprimer par le rire l’amertume que l’on pouvait avoir contre châtelains et évêques, de mimer par la farce l’omniprésences des menaces telles que la mort, la maladie et la famine. L’Enfer et Lucifer étaient raillés devant les parvis des cathédrales tandis que des marionnettes accoutrées des attributs des puissants recevaient une rouste de la part d’un personnage populaire. Le rire était le remède pour ceux dont la vie était rude et cruelle, une sorte de catharsis leur permettant de supporter les malheurs du quotidien.

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Le Charivari, manuscrit du XIVème siècle, Paris, Bibliothèque nationale

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Combat de Carnaval et de carême, Bruegel l’Ancien, 1559

Il est à noter que le maître de la farce et du sarcasme, le seul toléré à dire tout haut ce que les autres pensent tout bas, est le bouffon attitré du seigneur des lieux. Sa folle insolence côtoie la sagesse de ses réflexions, tout à la fois conseiller et conscience du souverain, il arrive par sa rhétorique à le raisonner voire l’influencer dans certaines de ses décisions. Ce personnage volontairement caricatural dont l’extrême acuité d’esprit équilibre la difformité de son corps est une figure encore importante de nos jours, rappelant que le sarcasme éclairé et parfois déplaisant d’une vérité doit parfois pouvoir être exprimé quand il est loin d’être désiré.

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Portrait du bouffon Gonella, Jean Fouquet, vers 1443

Revenons un bref instant sur le terme de caricature. Il est d’origine italienne et a été utilisé pour la première fois en tant que tel au XVIème siècle, les premiers vrais caricaturistes du nom étant les frères Carrache. Le terme de caricature est ainsi défini dans la préface du livre d’Annibal Carrache Les Cris de Bologne par Mosini comme un genre du portrait se caractérisant par le comique de ses traits.

Les pratiques artistiques académiques exigeaient une parfaite imitation de la nature, recherchant la perfection des formes et le respect des proportions. La quête de la beauté parfaite a alors suscité un intérêt pour les formes qui s’en écartaient le plus. Les frères Carrache ont cherché « la difformité parfaite », contrebalançant la beauté idéale.

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Feuille de caricatures, Augustin Carrache, 1594

On pourrait toutefois faire remonter le portrait caricatural à Léonard de Vinci, celui-ci étant fasciné tant la beauté que par le disgracieux. Il s’amusait ainsi à croquer dans la rue les visages des passants et à en déformer les lignes en exagérant défauts physiques et défauts moraux.

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Caricatures, Léonard de Vinci, début XVIème siècle

Plus généralement, le début du XVIème siècle est marqué par le Maniérisme, mouvement artistique dans lequel on trouve entre autres des figures dites « grotesques ». Personnages merveilleux d’une grande expressivité, bizarreries des sujets et extravagance des formes peuplent les plafonds de la Galerie de Offices, du Palazzo Vecchio et du château de Fontainebleau.

 

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Détail de la Galerie des Offices

On remarquera que la caractéristique fondamentale d’un dessin caricatural, ou de toute autre manifestation de la satire, est l’accent mis sur la difformité de la tête. La tête, point de référence dans la sculpture antique, permet de construire le reste du corps en respectant les proportions de 1/7ème voire 1/8ème .  La tête, siège des émotions et miroir de celles-ci, est mise sur la sellette tantôt lorsqu’il s’agira d’accentuer la laideur physique, tantôt lorsque la grossièreté de ses traits accentuera la laideur morale. On parle alors de caricature de charge. Contrairement à la caricature de situation qui met en scène les comportements et mœurs visées.

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Caricature, Bartolomeo Passerotti, XVIème siècle

Revenons à la France. En fait non, pas encore. Le XVIème a  surtout été marqué par les artistes italiens et flamands. Quentin Metsys par exemple, peintre flamand enjambant le XVème et le XVIème siècle excella dans le genre, tant dans la caricature de charge que dans la caricature de situation. Il aimait par exemple prendre en dérision certains métiers ou plutôt les comportements types des métiers touchant à l’argent. Il semble être un précurseur des tableaux de genre de Gainsborough et des dessins de Daumier. Nous y reviendrons plus tard. Dans son Contrat de Vente, Metsys met en scène des personnages bouffis et grimaçant aux yeux animés d’une lueur cupide, leurs nez énormes flairant les bonnes – mais pas toujours honnêtes – affaires. Dans le Prêteur et sa Femme, l’artiste met en scène un prêteur, métier perçu avec plus ou moins de méfiance en ce qu’il favorise l’usure (prêt au taux d’intérêt très élevé), comptant son argent tandis que sa femme, en pieuse chrétienne tient une bible en rappel des devoirs moraux dont il semble s’éloigner. L’humour du peintre intervient en toute subtilité lorsqu’un miroir concave révèle un petit personnage s’échappant par la fenêtre, emportant probablement un butin. Ainsi l’avidité ne pousse pas à la prudence, l’une des quatre vertus cardinales.

 

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Le contrat de vente, Quentin Metsys, XVIème siècle

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Le prêteur et sa femme, Quentin de Metsys, 1514

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