La beauté sous cellophane

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Elle aime se déshabiller devant les miroirs. Lentement, alors que sa robe disparaît, elle s’oublie et cela peut durer des heures. Elle laisse apparaître ses contours parfaits sur le rectangle poli, paysage sculpté dans l’ombre pure, dont la taille serait l’horizon et le regard, un point de fuite.

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Markus + Indrani, Molly sims

Dans une grande surface, les allées s’alignent, parallèles au milieu du silence. Les lampes à magnésium éclairent les conserves et les cartons de lait, semblables à des milliers d’icônes religieuses. L’endroit semble gigantesque. On pourrait facilement s’y perdre. Ca pourrait même être agréable si ce n’était pour cette odeur de cellophane.

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Mel Ramos, The pause that refreshes #2 

Dans la crypte à l’odeur de cellophane et aux couleurs de packaging L’Oréal, les néons n’éclairent rien d’autre que les étiquettes et les chiffres, triste épitaphe. Pas de bruit, aucun mouvement. Plaire avant tout. Déborder juste ce qu’il faut.

Elle renverse la tête, son regard balaye les allées dans un mouvement terrible et régulier. Arrêt sur image. Surtout plaire. Déborder juste ce qu’il faut. S’aligner, parallèle au milieu du silence, comme une icône religieuse.

 

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Markus + Indrani, Britney Spears (Purple Tint)

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Markus + Indrani, Laetitia Casta (Spider Web)

Dans l’obscurité de sa chambre, la lolita a l’étrange impression d’être à la fois la bête et le créateur. Joseph Mankiewicz pour tourner la scène du bain dans Cléopâtre utilisera sept actrices différentes pour révéler une seule perfection. Sept silhouettes, sept femmes, sept beautés, choisies pour une partie de leur corps, qui pouvait, reliée à d’autres, rappeler au spectateur à cette vision sublimement érotique et totalement artificielle de Cléopâtre.

La jeune fille prend des poses, imite ces icônes dans les posters en haute définition. Elle se regarde alors comme un objet fini, un produit manufacturé. Face à son reflet dans la glace, elle incline son visage. Elle s’observe en gros plan. Focus. Arrêt sur image. Zoom. Les lampes crépitent et n’éclairent que les étiquettes et les prix. Pourquoi y échapperait-elle ? Elle est belle comme une boîte de Chocapic, une bouteille de Fanta.

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Uwe Ommer, Nails

Et comme tous ces produits alimentaires sous cellophane elle voudrait congeler, conserver son incroyable beauté. La figer, la garder sous cellophane. Ses traits réguliers alignés comme des codes barres. Une régularité exceptionnelle, voilà ce qui l’obsède. Elle voudrait que tout disparaisse derrière ce physique parfait manufacturé. Surtout plaire. Déborder ce qu’il faut.

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Nevada, Uwe Ommer

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