Décryptage de Winter Sleep, la palme d’or

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Attention, cette analyse dévoile des éléments de l’intrigue.

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 Le personnage principal, Aydin, est une ancienne gloire du théâtre turc. A la retraite, il s’est installé pour ouvrir un hôtel troglodyte en Cappadoce, en Anatolie centrale. Dans cette région, de véritables villes souterraines ont été construites dans la roche tendre. A l’époque, ces habitations troglodytes permettaient de se protéger des invasions et des caprices de la météo.

Aydin est un homme torturé. Dès le début de l’histoire, l’homme est confronté à ses contradictions. Propriétaire d’une bonne partie du village, il n’assume pas les relations conflictuelles qu’il entretient avec ses locataires, laissant ces besognes à Hidayet, son homme à tout faire. Sa famille le pousse également dans ses retranchements. Rêvant de gloire et de reconnaissance, les rapports qu’il entretient avec sa sœur divorcée et dépressive lui rappellent sa condition d’homme ordinaire. Sa femme, bien plus jeune que lui, paraît enfermé dans cette routine et ce quotidien dénué de sens.

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La force d’Aydin réside dans sa capacité à paraître. La beauté de son visage et la précision de ses paroles font illusion. Il semble chaleureux, jeune, assuré, determiné. En réalité, il n’en est rien. Des indices prouvent sa mauvaise foi –il est faussement accueillant en servant le thé à un locataire qu’il déteste, relègue toutes les mauvaises besognes à Hidayet. Une simple réplique où il réclame un peu de morale et le personnage est démasqué. Aydin se ment à lui-même et ne l’avoue qu’à demi-mots.

A Aydin se confronte Nihal, sa femme, elle aussi torturée. Vidée de joie par une existence morne, elle puise ses forces dans des œuvres de charité qu’elle soutient dans toute la région. Contradictoire, elle refuse l’accès à son mari estimant qu’il n’est pas assez intéressé par les causes défendues. Pourtant, la fortune d’Aydin pourrait largement contribuer à ses projets. Mais fière et extrème dans son engagement, elle refuse de partager quoi que ce soit avec son mari qui devient peu à peu un étranger pour elle. Nihal a peur et n’osera pas quitter Aydin qui lui offre un confort matériel qu’elle ne trouvera sûrement nulle part ailleurs.

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« Mon royaume est certes petit mais j’y suis roi ». Les deux femmes de la vie d’Aydin tenteront successivement de le faire descendre de son piédestal, en vain. L’homme, malgré des qualités de justice et de générosité, a tendance à étouffer ses proches de sa prétention. Les rapports de force se succèdent pour ne laisser aucun vainqueur. Le spectateur est bercé entre appaisement et désillusion, constamment déchiré entre ces luttes de classes et d’égos.

Ne vaut-il pas mieux affronter la dureté de la vie plutôt que de se laisser bercer par les illusions, comme l’ont fait Aydin ou Nihal ? Le remord qu’ils éprouvent est inéluctable. Malgré tout, le film s’achève sur une fin artficiellement heureuse. Aydin retrouve le foyer familial, déclare silencieusement sa flamme à Nihal qui continuera inéluctablement à le destester. On l’imagine survivre, pleine de regrets et de honte d’avoir vainement tenté de soulager sa conscience. Troublant.

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