Comment définir l’expressionnisme abstrait ?

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Des monochromes de Mark Rothko aux peintures chaotiques de Jackson Pollock… L’expressionnisme abstrait englobe des artistes qui, à premier coup d’oeil, n’ont l’air d’avoir rien en commun dans leurs manières de peindre. Ce mouvement artistique né à New York après la Seconde Guerre Mondiale a propulsé ses représentants américains sur la scène internationale – et mené au détrônement de Paris comme capitale mondiale de l’art. Les artistes issus de ce mouvement figurent aujourd’hui parmi les grandes stars du marché de l’art… Avant bien que l’expressionnisme abstrait connaisse un tel succès, comment a-t-il vu le jour ? Quels en sont les caractéristiques et pourquoi séduit-il autant ?

 

Un art typiquement américain

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Franz Kline – Chief (1950)

 

De par son échelle monumentale, son humeur romantique et ses revendications de liberté individuelle, l’expressionnisme abstrait se définit comme un l’art américain par excellence. Dans le cas de Franz Kline, cette « américanité » se retrouve jusque dans les sujets qu’il traitait, à savoir les locomotives symbole de la modernité américaine. C’est d’ailleurs toute cette dimension qui explique en partie que l’expressionnisme abstrait été aussi bien reçu par la critique américaine. Certains historiens vont même jusqu’à avancer que le CIA aurait financé les artistes du courant dans le cadre de la Guerre Froide. Soucieux d’assoir l’image de puissance américaine face aux Soviétiques mais également de l’Europe, le CIA aurait vu l’expressionnisme abstrait comme un moyen de promouvoir l’hégémonie culturelle des Etats-Unis.

 

La peinture comme médium de prédilection

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Mark Rothko – Orange and Yellow (1956)

 

Malgré des oeuvres en sculpture (John Chamberlain) et photographie, à expressionnisme abstrait rime plutôt peinture. Un des points essentiels de l’expressionnisme abstrait est cette recherche de nouveaux moyens d’exprimer son intériorité. La peinture était le medium qui offrait le plus de nouvelles possibilités à cet égard. Jackson Pollock inventa ainsi ce qu’on appellerait plus tard le action painting, technique qui consiste en l’application de la peinture sur la toile non pas à l’aide d’un pinceau mais par jets plus ou moins contrôlés, tel que la gestuelle du peintre soit au coeur-même de l’oeuvre. Willem de Kooning se rapproche de Pollock dans sa peinture et ses coups de pinceaux très spontanés. Dans une démarche autre mais dans le même but de dégager une certaine intériorité, Mark Rothko s’intéressa lui au color field, autrement dit le choix d’inonder la toile d’une seule couleur en quête du sublime et non plus du beau. Cette technique commune à Barnett Newman devait faire de l’oeuvre une sorte d’expérience spirituelle, ou du moins, comme les peintures de Pollock, permettre de renouer avec son fort intérieur….

 

Un art qui s’inspire du surréalisme

De Kooning, Wilem (1904-1997): Woman I, 1950-52. New York, Museum of Modern Art (MoMA) Oil on canvas, 6' 3 7/8' x 58' (192.7 x 147.3 cm). Purchase. 478.1953*** Permission for usage must be provided in writing from Scala. May have restrictions - please con

Willem de Kooning – Woman I, (1950–2)

 

Dans son rapport fort à l’expression de soi, l’expressionnisme abstrait prend ses racines dans le surréalisme et l’avant-garde européenne du début du siècle. Ceci explique le vif intérêt des peintres du courant pour la mythologie et les symboles et archétypes. L’expressionnisme peut être appréhendé comme l’équivalent du surréalisme dans le monde de l’après-guerre. Les deux mouvements prônaient une sorte de repli vers l’intérieur face aux horreurs du monde extérieur. Certes, leurs vocabulaires picturaux sont très différents, l’un étant majoritairement figuratif et l’autre l’absolu contraire. Reste que du point de vie philosophique et en termes de contexte, le surréalisme et l’expressionnisme abstrait se rejoignent.

 

Des oeuvres abstraites mais expressives avant tout

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Jackon Pollock – Number 1 (Lavender Mist) (1950)

 

Dans un contexte où les Etats-Unis connaissaient une croissance économique impressionnante toute en étant touché par une grande paranoia autour du communisme, un art qui se voulait expressionniste avait tout son sens. On pouvait être libre et controversable sur la toile. L’oeuvre est censé refléter la véritable identité de l’artiste… Ainsi, le geste de l’artiste est très important dans le sens où il témoigne d’un processus de création qui lui est propre. L’authenticité de l’oeuvre repose sur sa capacité à avoir un impact immédiat et à révéler un ressenti profond, celui de l’artiste qui l’a peinte. Le projet des peintres de l’expressionnisme abstrait était de se libérer du souvenir, à comprendre de tout souvenir des images de la peinture européenne, pour créer leur propre langage, abstrait en images mais plein de sens en essence. Le but n’était pas de produire des oeuvres grandioses mais intimes et personnelles.

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L’expressionnisme abstrait a permis à la scène artistique américaine d’être considérée en tant que telle à part entière. En effet, c’est ce mouvement qui a remis en question la domination historique et jusque là incontestée des courants artistiques européens. Il reposait sur l’envie d’un groupe d’artistes américains de créer une manière de s’exprimer qui serait leur et non pas héritée. Un art qui leur donnerait une liberté sans précédent où la seule règle était de peindre de l’intérieur…

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2 Commentaires


Bosch

Publié le 16 octobre 2016, 15h49

Il n’y a pas d’âge minimum comme il n’y a pas de maximum pour apprécier l’art. L’important est de garder l’esprit toujours disposé et réceptif à la surprise, au rire, à l’éblouissement, au questionnement de voir des choses autres que des éléments sur lesquels on puisse porter un repère, une référence.

cuilliez

Publié le 15 octobre 2016, 17h19

comme une idée materialisée, avec reussite et qui vit enfin

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