ANNA ZUBER, L’ALCHIMISTE

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zubLe travail de Anna Zuber se caractérise par une esquisse inédite : utiliser l’or pour sublimer la réalité à l’état brut et la banalité du présent, en tentant d’en révéler la poésie. Artsper fait un focus sur le travail de cette alchimiste contemporaine.

 

L’OR, UN REVELATEUR

« Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,
Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. »

Ce vers de Baudelaire, qui signe la fin des Fleur du mal, est à l’image de l’oeuvre de Anna Zuber. Comme le personnage de Baudelaire qui transforme la boue en or, Anna Zuber, en alchimiste, sublime le banal du quotidien grâce à son usage de l’or. Jeune artiste formée à la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Wroclaw (Pologne) et à la sérigraphie à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles (Belgique), ses créations sont un savant mélange entre photographie, sérigraphie, dorure et peinture. Fascinée par l’or et la puissance de sa symbolique, l’artiste en fait le fil rouge de sa création artistique et l’utilise pour transfigurer le quotidien. A la manière d’Yves Klein pour lequel l’or représente le matériau comme source de lumière, capable d’insuffler la vie, Anna Zuber utilise la feuille dorée comme une « matière vivante » qui vient raviver des éléments oubliés ou délaissés. L’or, dit Klein, « imprègne le tableau et lui donne vie éternelle ».Traditionnellement perçu comme un élément de richesse qui force le respect et un symbole univoque de la divinité, l’or est pour Anna Zuber un révélateur, un faisceau lumineux qui met en exergue ce que l’œil s’habitue à ignorer.

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Yves Klein, Monogold sans titre (MG 4), ca. 1960, 16 x 12 cm, Courtesy of Yves Klein Archives.

GRAFFITI DE LUXE

Sa série « Graffiti de luxe » s’inscrit dans sa réflexion sur l’espace public. Là où dans sa série « Azulejos », Anna Zuber investit les rues de Bruxelles en déposant à l’échappée des pensées dorées apposées sur des carreaux de céramique ; ici, elle entreprend la démarche inverse en intériorisant l’espace public. L’artiste reprend alors les phrases taguées sur les murs que nous nous habituons à ignorer et les immortalise sur des panneaux dorés. Avec un regard empli de poésie et ébloui par l’humanité qui suinte de ces murs oubliés, Anna Zuber transpose sur ses précieuses feuilles dorées le cumul de ces bribes de phrases, tags et symboles. Ainsi, elle questionne également le matérialisme ambiant dans la société et notre incapacité à déceler la beauté quand elle n’est pas associée à des symboles de luxe et d’opulence.

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 ANNA ZUBER, Graffiti de luxe /// No Title, 2015, Courtesy of Commonplaces Art Gallery

MEMORIES

« Memories », série de photographies dorées est un travail plus personnel. Focalisés sur le futur, nous tendons à oublier les enseignements de notre histoire personnelle. Or, une introspection permanente sur notre passé est une force motrice pour Anna Zuber, puisque ces fragments de vie fondent la personne que nous sommes aujourd’hui. Même douloureuses, les réminiscences du passé sont une source inépuisable de compréhension de l’avenir et nous permettent d’avancer plus sereinement. Quand elle est aux aguets, la mémoire nous permet d’avoir conscience de ces instants qui font l’épaisseur de la vie, et ainsi de passer du réflexe de fermer ces chapitres passés à une réflexion sur ce qui fonde notre personne. Toujours en utilisant des feuilles dorées, Anna métamorphose des éléments de souvenirs oubliés en les anoblissant, les magnifiant, leur donnant un caractère précieux. Devant ces photographies d’une autre vie, le spectateur embrasse cette mémoire assoupie et devient, dans la totalité de son être, ouvert sur son passé, tourné vers l’avenir, en ce double mouvement de l’esprit qui choisit sa liberté dans ce qui l’exalte, non dans ce qui le mutile.

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 ANNA ZUBER, Memories /// No Title, 2014, Courtesy of Commonplaces Art Gallery

UNE ALCHIMISTE D’UNE NOUVELLE SORTE

Anna Zuber est une alchimiste contemporaine. Tissant des passerelles entre réalité et allégorie, il faut y voir surtout la déclaration d’une artiste qui se perçoit comme un intermédiaire entre le monde extérieur et notre conscience. En mettant nos expériences à nu, de chaque chose elle « extrait la quintessence ». L’alchimie qu’opère Anna Zuber est d’une nouvelle sorte, puisqu’elle nous dévoile une nouvelle compréhension de notre vécu qui miroite dans les reflets chatoyants de la dorure. Invitant à vagabonder dans les cheminements labyrinthiques de notre conscience, ses œuvres incitent toujours à regarder notre vécu avec de nouveaux yeux et prendre conscience des stéréotypes présents dans notre société. Artsper a à cœur de suivre le parcours de cette artiste en or, à l’oeuvre profondément humaine.

 

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ANNA ZUBER, We all keep images from the past, which blur our vision /// no title , 2015,  Courtesy of Commonplaces Art Gallery

 

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1 Commentaire


Camille M.

Publié le 09 mars 2016, 10h39

Très beau texte, j’adore le rapprochement avec Yves Klein!
<3

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