Analyse d’un chef d’oeuvre de l’art contemporain : Exit, V. Velickovic

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Cette semaine, Artsper se penche sur l’œuvre d’un génie du dessin, seul art qu’il considère digne de ce nom, Vladimir Velickovic.

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Exit, 1988

En 1988, alors qu’il peint Exit, Velickovic a 53 ans.

Depuis sa naissance à Belgrade, il a expérimenté la violence quotidienne, les massacres,  la guerre qui ravage la Yougoslavie, la présence nazie dans sa ville, les cadavres abandonnés jonchant le sol. On ne sort pas indemme d’une confrontation avec ses toiles, qui poussent nécessairement à l’introspection. Les références sont multiples, et l’artiste ne s’en cache pas. Impossible pour lui de renier les grands maitres. Chez lui, on retrouve le gout du morbide d’un Grünewald, la moiteur de la chair de Bacon, le misérabilisme d’un Goya, la mutilation des expressionnistes allemands.  Tout ça sans jamais ressembler à personne.  

Jamais les fantomes de l’artiste, très peu prolixe quand il évoque son travail, ne l’ont quittés. Pas une œuvre qui n’évoque la souffrance, la déchirure, le rejet. Rejet dont il a pu faire les frais, lui qui a longtemps été éjecté du système bien huilé de l’art contemporain. Trop figuratif, trop dessinateur, trop imprégné par son histoire personnelle, pas assez détaché des contingences.

Exit n’est surement pas l’œuvre la plus représentative de Velickovic. De lui, on connaît surtout les corps crucifiés, dévorés par les corbeaux, en apesanteur, dans un équilibre précaire. Exit, c’est la condition humaine qui marche vers un destin sombre et torturé. Les épaules basses, cette peau grisatre qui contraste avec un mur rouge d’une intensité qui force à un silence de cathédrale, le sang qui s’écoule du pied de la figure, toute la tragédie de l’homme est racontée ici. Un homme qui nous tourne le dos, privé de visage, et donc d’identité. L’espoir est il encore permit en ex Yougoslavie, alors que  Bertold Brecht écrit, en 1941 :

« Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut 

Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt

Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde »

Chez Velickovic, l’insouciance n’existe plus. 

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