5 ARTISTES POUR QUI LE NOIR EST UNE COULEUR

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Depuis l’antiquité, le noir est étroitement lié à la mélancolie, au cynisme et à la folie. S’il endosse dans notre culture des connotations tristes et néfastes, l’histoire de la couleur noire est plus nuancée. Dans les textes des grands mystiques, l’expérience de la nuit précède la clarté éblouissante de la vérité. La fascination des artistes pour le noir est un fil rouge dans l’histoire de l’art, puisque la couleur a obsédé un grand nombre d’artistes phares.

La semaine dernière, Anish Kapoor s’est octroyé l’exclusivité du Vantablack, le ton de noir le plus profond, au grand dam d’artistes et de critiques scandalisés par ce monopole. Parce que cette polémique ravive aujourd’hui la question du noir, Artsper revient sur ces artistes fascinés par le noir et ses nuances.

 

{1. PIERRE SOULAGES } 

Nul ne peut penser au noir sans penser à Pierre Soulages. Ce grand maître est reconnu comme l’une des figures majeures de l’abstraction et le plus grand peintre français vivant. L’oeuvre de Soulages décline le noir sous toutes ces nuances et tous ses usages. Pour lui, le noir n’existe jamais dans l’absolu.

Son intensité change en fonction des dimensions du support, de sa forme et de sa texture. L’un de ses concepts les plus reconnus est l’Outrenoir, amorcé en 1979, lorsqu’il commence à recouvrir entièrement la surface de ses toiles d’une épaisse couche de peinture noire. Paradoxalement, c’est la lumière qui est en jeu dans les tableaux noirs de Soulages.

La lumière réfléchit sur la surface de ses peintures, et miroite sur leurs sillons, reliefs et à plats. Le mélange optique entre la luminosité des reflets et le noir fait apparaître une palette de noire extrêmement diversifiée. Dès lors, chaque tableau est vécu comme une expérience et ne peut s’apprécier sur des photos. « Là, c’est la lumière qui émane du noir lui-même, et qui vibre, se module sous les yeux de celui qui regarde, qui voit naître et disparaître des formes. »

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Pierre Soulages, 1984, Collection Les Abattoirs,© Toulouse ADGP, Photographie Auriol Ginest

 

{2. ROTHKO }

Le noir est aussi la couleur et la tonalité choisies par Mark Rothko (1903-1970) pour ses célèbres Black paintings. Cette série a été sa dernière avant son suicide tragique, autorisant ainsi l’établissement d’un lien direct entre le noir et son état d’âme et sa dépression paranoïaque. Pour Rotkho; cependant, le noir est une couleur positive.

Durant les années soixante, une riche colletionneuse s’était rendue dans son atelier où l’artiste, avait mis son oeuvre en exposition. Elle n’y trouva que des tableaux sombres aux aplats noircis. Décontenancée, elle fit la remarque suivante: « Pour être honnête, je cherchais quelque chose de rouge, de rose, un tableau plus joyeux ». Sur quoi Rotkho rétorqua: « Rose, rouge, jaune, orange ? Ne sont-elles pas les couleurs de l’enfer ? ».

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Mark Rothko, 1964, No. 6 (?) © Kate Rothko Prizel and Christopher Rothko

 

{3. JACKSON POLLOCK }

Pollock est également célèbre pour sa série Black paintings. On peut y voir des entrelacs denses de lignes noires projetées violemment sur la surface de la toile .Néanmoins la spontanéité de cet all over est factice, puisque Pollock réfléchit minutieusement avant chaque composition à l’emplacement des lignes avant de se lancer dans le dripping et pouring pour lesquels il est célèbre.

Plusieurs institutions, dont la Dallas Museum of Art, s’accordent à dire que cette série est ce que Pollock a produit de plus construit. Totalement méconnus en comparaisons à ses drippings colorés, les tableaux noirs de Pollock constituent une transition de taille au sein de sa carrière.

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Jackson Pollock, circa 1949

 

 

{4. RICHARD SERRA}

Le noir est pour Richard Serra une couleur qui modifie toujours l’espace. La lumière artificielle tout comme la lumière naturelle sont dominées par le noir, qui tient son propre espace et se tient toujours en relation à un volume plus large dont il modifie la masse.

Selon l’artiste, « le noir est le moyen le plus simple de marquer un champ blanc, peu importe que l’on utilise du fusain ou de la mine de plomb. » De manière plus abstraite, c’est également le moyen le plus simple de ne pas créer d’association d’idées.

Serra explique que « l’on peut couvrir de noir une surface sans crainte d’interprétations métaphoriques erronées. »

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Richard Serra, 2016, © Courtesy Gagosian Gallery, Photography by Zarko Vijatovic

 

{5. HENRI MATISSE}

Henri Matisse, maître incontesté de la couleur, a trouvé dans l’utilisation du noir un moyen d’expression concordant avec sa recherche constante de simplicité et de pureté, caractéristique de son oeuvre.

Le noir et ses multiples nuances lui offrent toute la gamme nécessaire pour dépeindre un visage, un nu, des feuilles mortes.

Célèbre comme peintre et comme sculpteur, ce grand maître est moins connu comme graveur et comme dessinateur, alors qu’il a gravé près de 900 estampes et illustré plus de 90 livres. Tout l’univers de ce grand maître apparaît sous nos yeux, noir sur blanc, blanc sur noir.

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Henri Matisse,1950-1952, Voile de calice noir,  Gouache sur papier marouflé sur toile
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2 Commentaires


MondoVision

Publié le 31 mars 2016, 12h18

I see a red door and I wanted painted black…

Al Blimsey

Publié le 15 mars 2016, 09h41

Je découvre votre blog avec beaucoup de plaisir !
Super article 🙂

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