4 CLÉS DE COMPRÉHENSION DU MARCHÉ DE L’ART CHINOIS

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Les artistes originaires de Chine présentent une myriade de styles, d’inspirations et d’empreintes visuelles. Exploitant un large éventail de techniques et d’outils, puisés dans leur culture millénaire mais également dans les nouvelles technologies les plus pointues, les artistes révèlent les complexités d’une société en mutation. Propulsé au devant de la scène du marché international grâce au soutien des collectionneurs nationaux et de l’Etat chinois, Artsper revient sur l’essor extraordinaire de l’art de l’empire du milieu. 

 

{1. L’EXPLOSION DU MARCHE CHINOIS }

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Jiji Jiji, Girl Panda, 2012, Courtesy of Gérard Seiwert Gallery

 

Pour mieux comprendre l’histoire du marché de l’art contemporain chinois, il faut se pencher sur les tendances de 2015. En 2000, la part de la Chine ne représentait que 1% de du marché mondial, tandis qu’aujourd’hui elle détient la seconde position derrière les Etats-Unis. Entre 2000 et 2014, la croissance des ventes d’artistes chinois au niveau mondial a dépassé les 150%. Plus de 17 d’entre eux figuraient au Top 50 des artistes par l’importance de leur ventes dans le monde en 2014/2015. De même, ils représentent 21% des recettes mondiales des ventes aux enchères avec 542 m$. Par ailleurs, le nombre de collectionneurs chinois ne relève pas d’un engouement ponctuel, puisqu’il augmente chaque année de 20%. Ainsi, la Chine s’est imposée comme un acteur mondial en l’espace d’une décennie.

 

{2. POURQUOI UN TEL ESSOR? }

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Han Qin, Love, 2015, Courtesy of Galerie Double S

 

Aujourd’hui, l’art contemporain chinois est extrêmement prisé des collectionneurs.  Plusieurs raisons expliquent cet intérêt soudain: à l’indéniable qualité d’une production artistique nourrie paradoxalement par les carcans qui l’étouffent s’ajoute le soutien de collectionneurs locaux. L’art reste en effet avec la littérature le lieu de transgression par excellence. Plus un interdit pèse sur lui, plus il s’arrange pour le fissurer ou le faire sauter. Mais si l’art chinois jouit de cette attractivité aujourd’hui, il doit son succès à la nouvelle donne économique que vit la Chine. La puissance économique d’un pays et l’essor de sa production artistique est en effet une constante de l’histoire de l’art. Les flux monétaires permettent le développement de pôles culturels, et par la même un rayonnement international. La trajectoire de la Chine suit ce cheminement, renforcée par un fort soutien de l’Etat chinois. En effet, les réformes sur l’exportation et la fiscalité ont contribué à l’essor du marché chinois. Aujourd’hui, et depuis 15 ans, deux réalités coexistent : un marché tourné vers l’occident à Hong-Kong, contrôlé par les filiales des grandes maisons de vente et galeries (Gagosian, Perrotin…), et un autre en Chine continentale dominé par Poly Auction et China Guardian, deux maisons de ventes majeures basées à Pékin. Ces dernières réalisent des chiffres d’affaire qui concurrencent les leaders mondiaux tels que sont Christie’s et Sotheby’s, en exposant uniquement des artistes locaux.

{3. DU REALISME SOCIALISTE A L’OUVERTURE AU MARCHE }

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Li Wei, Bright Apex – 75-04 , 2007, Courtesy of Dock Sud

 

Historiquement, l’art chinois était fortement encadré par le Parti Communiste. Cet environnement contrôlé n’était donc pas favorable à l’émergence de nouvelles formes artistiques. La réforme idéologique de Deng Xiaoping a permis de nouvelles expérimentations artistiques dans les années soixante-dix. Par la suite, les artistes exilés (Huang Yongping, Cai Cuogang, Chen Zhen, Gu Wenda, Xu Bing) se sont appropriés les techniques d’expression occidentale pour se libérer du réalisme socialiste. Il est néanmoins essentiel de ne pas confondre ce nouvel art chinois avec l’art moderne tel qu’entendu en occident. Ces pionniers voulaient s’affranchir du message politique et moral du PCC (Parti Communiste Chinois), mais l’iconographie et symboles du passé n’ont pas été combattus pour autant. Plusieurs artistes contemporains, tels que Cui Ruzhuo, sont célèbres pour leurs peintures à l’encre, ou encore le détournement des symboles religieux non pour les rejeter mais pour les recontextualiser.

 

{4. UN COMBAT SUR DEUX FRONTS}

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Liu Xin Tao, Chambre #2 , 2013, Courtesy of Galerie LOFT

 

Les artistes chinois sont très critiques envers le gouvernement chinois. Leurs œuvres sont le reflet des mutations d’un pays qui connait un développement à plusieurs vitesses. Aussi, leurs thématiques tournent autour de l’identité, de la transition sociale et de l’écologie. Récurrentes également sont  les questions de la transformation des rapports ville/campagne et de l’industrialisation, thèmes abordés en occident lors de la période impressionniste. Il serait cependant réducteur de penser que le propre de l’art contemporain chinois est de s’insurger uniquement contre le système politique en place. S’il faut se battre contre l’héritage maoïste, il est également question d’empêcher le capitalisme de lisser les spécificités d’une culture millénaire. Le changement de paradigme est fulgurant chez les artistes contemporains chinois. Les modernes épousaient le capitalisme à grands bras tandis que les nouveaux mouvements relèvent le double défi de s’attaquer à deux idéologies opposées.

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