1960 : l’art minimal, renouveau de l’art moderne

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Art minimal. Vous avez plusieurs fois entendu ce terme sans jamais savoir ce qu’il signifiait ? Pire, vous imaginez que derrière cet amas d’œuvre d’apparence froide et sans âme se cache une armée d’artistes ayant pour seule ambition de produire des œuvres inaccessibles intellectuellement au commun des mortels ? Il n’en est rien, et Artsper est là pour vous le prouver. Simplement, mais sans vulgarisation. 

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Ad Reinhardt, Ultimate painting #6, 1960

Petit retour en arrière.

Dans les années 50-60, aux Etats-Unis, les grands artistes s’appellent Rothko, Pollock, Warhol…L’art minimal, un terme qui ne s’emploie que pour les artistes américains, s’oppose à toutes les conceptions et théories du critiques d’art Clément Greenberg, dont le nom reste associé au triomphe de l’école de New York et qui défend, entre autre, la planéité absolu du plan pictural, servi notamment par les deux courants majeurs des années 60, l’expressionnisme abstrait (Rothko et Pollock) et le Pop Art (Warhol donc).

La description des oeuvres de Frank Stella par Carl André nous renseigne sur l’une des facettes du minimalisme :

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Franck Stella, Mas o menos

« L’art exclut le superflu, ce qui n’est pas nécessaire. Pour Frank Stella, il s’est avéré nécessaire de peindre des bandes.(…) Ses bandes sont les chemins qu’emprunte le pinceau sur la toile. Ces chemins ne conduisent qu’à la peinture. » Effectivement, l’art minimal porte en lui une réaction épidermique aux débordements colorés et sentimentaux de l’expressionnisme abstrait. L’héritage des minimalistes serait d’ailleurs plus à chercher du coté de Malévitch et des Ultimate Paintings d’Ad Reinhardt.

Une absence du ressenti, partagé par des artistes comme Donald Judd, Carl Andre, ou encore Robert Morris et Sol LeWitt, même si leur rattachement au mouvement n’aura pas la même ampleur. Un mouvement cartésien à l’extrême, qui prône qu’il n’y a voir que ce qu’il y a voir. 

Equivalent VIII 1966 by Carl Andre born 1935

Carl André, Equivalent VIII

Si la sobriété extrême est bien l’une des qualités communes à l’œuvre de ces artistes, elle n’en constitue pas l’essence même. Présenter leurs œuvres uniquement sous l’angle de la pauvreté, voir de l’ascétisme, leur paraît inapproprié, au point qu’ils rejetteront en masse l’appellation d’art minimal, que leur a collé sur le dos  Richard Wollheim dans Arts Magazine. Les étiquettes ont la dent dure.

Alors que L’utilisation de matériaux plutôt peu onéreux et une présentation des œuvres sans emphase justifie le terme choisi par Wolheim, les tenants de l’art minimal professent non pas un art de la réduction, mais reprennent à leur compte la grande idée de l’art moderne d’éliminer la composition, afin de créer un art certes moins illusionniste, mais plus unitaire et plus vrai. En particulier, les artistes nommés précédemment semblaient militer contre la perpétuation de la peinture comme seul véhicule possible et adéquate de l’art, et proposaient de substituer l’illusionnisme auquel la peinture est nécessairement assujettie (à la différence de la photo par exemple), des propositions réelles dans un espace réel. L’art minimal n’est dès lors plus un art amoindri, mais plus ancré dans la réalité.

Si la peinture traditionnelle semble être définitivement abandonnée, et non sans raisons, la sculpture à proprement parler en ronde bosse n’est pas non plus le recours ultime de l’art minimal, bien que s’en rapprochant. La forme d’art qui découle de ce mouvement complexe résulte d’un travail en trois dimensions qui mêlent habilement peinture et sculpture pour devenir des « objects spécifiques » pour reprendre le terme employé par Donald Judd dans son texte manifeste de 1965, De quelques objets spécifiques. Lors de sa première exposition personnelle à la Green Gallery de New-York en 1964, Judd avait déjà abandonné la peinture pour se concentrer sur la création de reliefs et d’objets divers. Son texte, un essai majeur, avance que l’art le plus représentatif de la modernité n’est ni la peinture ni la sculpture, mais bien un nouveau medium virtuel, « l’œuvre à trois dimensions », une position, comme évoqué plus tôt, tout à fait contraire aux principes de Greenberg.  Un texte radical et austère qui pose très vite Judd en leader incontesté des minimalistes, alors que lui même réfutera ce terme.

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Donald Judd, Stack

Que penser alors des grands monochromes de Stella ? Peinture ? En aucun cas, car ces oeuvres donnent une impression de plaques. Le minimalisme, c’est l’art du visible sans concession.

Le travail et la réflexion des minimalistes portent avant tout sur la perception des objets et leur rapport à l’espace. Leurs œuvres sont des révélateurs de l’espace environnant qu’elles incluent comme un élément déterminant. Volontairement froide et neutre, mais appelant la réflexion du spectateur, qui devient alors totalement impliqué dans le processus artistique. L’idée prend le pas sur la réalisation, le figuré sur le figurant. Des théories qui ont eu très vite leurs détracteurs, notamment en la présence du mouvement de l’Arte Povera, mais qui marque indéniablement l’art contemporain, jusqu’à l’art conceptuel, qui poussera encore plus loin le postulat du primat de l’idée sur la réalisation. Chez les minimales, la main et le geste de l’artiste disparaît.

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Robert Morris, L Beam

A la différence de l’art abstrait et du courant de pensée moderniste de Clément Greenberg, l’art minimal ne vit pas en totale autarcie. La présence du spectateur est requise afin de valider l’expérience.

Des divergences existent au sein d’un groupe qui a du mal à trouver son identité. Par exemple, pour Robert Morris, la couleur est totalement incompatible avec la mise en valeur de la structure de l’œuvre. Flavin et Judd s’opposent litérallement à cette idée et pensent que l’espace est mieux mis en valeur par l’utilisation de la couleur. 

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Dan Flavin, Pink out of the corner

Un mouvement complexe dont les idées seront reprises par les tenants du post minimalisme tels que Richard Serra ou Keith Sonnier, chez lesquels persistent  la notion déterminante du rapport à  l’espace et l’économie des moyens. 

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2 Commentaires


Fleur Giros

Publié le 13 octobre 2014, 15h53

Merci! Nous essayons d’aborder chaque semaine des sujets variés autour de l’actualité culturelle et artistique. Bons plans culturels, interview d’acteurs du monde de l’art, articles de fond sur des thèmes variés…nous espérons que vous trouverez votre bonheur parmi nos articles!
Bonne lecture et a très bientôt

christine bole richard

Publié le 09 octobre 2014, 11h42

bravo ! très intéressant ….
j’espère que vous avez abordé d’autres sujets

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