Les Grands Maîtres détournés par des artistes contemporains

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L’art a-t-il une mission suprême ? Une responsabilité vis-à-vis de son public ? Un principe directeur ? Cette question, qui a obsédé bon nombre d’artistes, de philosophes et d’intellectuels en tous genres, n’a hélas pas de réponse. L’avènement de l’art abstrait avec L’arc noir de Kandinsky (1912) et de l’art conceptuel avec la Fontaine de Duchamp (1917) a considérablement brouillé les pistes. Plus que jamais, l’art est sans limite, sans définition, sans règle.

Toutefois, on peut se permettre de déceler des caractéristiques communes dans toute forme d’art: la mise en oeuvre d’une technique et la recherche d’une originalité notamment. Mais l’originalité en art est une notion trouble. Rien n’est jamais purement original, sorti du néant. La référence au passé est inévitable. La référence au passé est omniprésente. Et… parfois… la référence au passé est souhaitée, affirmée, revendiquée.

Dans la sélection d’oeuvres qu’Artsper a souhaité vous présenter, les artistes se sont inspirés de tableaux classiques de grands maîtres, et ont réinterprété leurs messages ou leurs techniques. Une démarche artistique intéressante dans un monde en pleine fuite en avant.

Œuvre n°1

La Cène de Léonard de Vinci est une oeuvre admirée de tous qui a été mondialement copiée par des artistes et des commerciaux depuis sa création en 1495-1498. Elle représente le dernier repas du Christ entouré de ses 12 apôtres.

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La Cène de David Lachapelle (2003) nous montre un Jésus respectant parfaitement l’iconographie chrétienne, mais ses apôtres ont quelque peu changé. Tatouages et casquettes mises à part, ils sont sans doute plus ressemblants des apôtres tels qu’ils ont existé (juifs d’Israël descendant des égyptiens) que du physique européen que De Vinci leur a donné. (Oeuvres en vente ici)

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Avec Triple A (2012) de Anne-Catherine Becker-Echivard, l’artiste dénonce la déshumanisation du travail et ridiculise l’aspect sacro-saint du corporatisme. Pour faire passer son message, rien de tel qu’une iconographie mondialement percutante. Mais Jésus et ses apôtres auraient-ils aimé passer pour des poissons rouges? « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23:34).

Oeuvre disponible sur Artsper ici

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Œuvre n°2

Innocent X par Diego Velasquez, peint en 1650, est une oeuvre emblématique de ce grand maître. Commanditée par le Pape Innocent X, elle a suscité une vive polémique dans le palais épiscopal. Alors que le Pape souhaitait un portrait empreint de sagesse et d’illumination divine, Velasquez le peint tel qu’il est : autoritaire et empourpré par ses fréquentes colères. « Troppo vero! » (trop réaliste!) lui aurait dit le pape avant de lui demander de recommencer. Mais Velasquez, fort d’un caractère espagnol, refuse catégoriquement et le pape finit par accepter l’oeuvre.

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Francis Bacon (en vente ici) est un peintre dont le travail est empreint d’une grande tradition de la peinture, comme nous le rappelle l’exposition Francis Bacon et la tradition de l’art. Cette reprise de Innocent X en 1952 nous rappelle la violence et la force qui sont si caractéristiques de son travail. Au lendemain des atrocités de la Seconde Guerre Mondiale, l’image torturée qu’il donne du passé choque et gêne les spectateurs. Alors que Pie XII est toujours pape en 1952, le pape de Francis Bacon est déjà à moitié mort…

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La qualité du travail de Yan Pei Ming est double. Avec une très grande maîtrise technique de la peinture à l’huile, il parvient à donner une note pop à son répertoire pictural en répétant des sujets forts dans différents coloris tel un Andy Warhol. Sa reprise de Innocent X en 2014 rentre très bien dans cette idée…

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Œuvre n°3

La Descente de Croix de Rogier Van Der Weyden (1435) est une oeuvre capitale dans l’histoire de l’art. Certains diraient même qu’elle marque le début de la Renaissance en peinture, tant les reliefs, la figuration et les émotions sont bien réalisés par l’un des plus grands maîtres de la peinture.

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Quant à l’enlèvement de Ganymède, c’est un thème mythologique récurrent dans la tradition picturale européenne. Il fait référence à l’enlèvement du jeune Ganymede par Jupiter métamorphosé en aigle. C’était un thème relativement polémique puisqu’il renvoyait à l’homosexualité – voire le viol – d’un jeune garçon.

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Un jeune artiste français, The Kid, s’est indirectement inspiré de l’oeuvre de Rogier Van Der Weyden et du thème de l’enlèvement de Ganymède pour en livrer une vision contemporaine. En rassemblant la mythologie gréco-romaine avec la tradition chrétienne, et en mêlant l’image du sacrifice avec celle de la victime, l’oeuvre Blessed is the lamb whose blood flows (2015) nous plonge dans une profonde réflexion.

Le jeune représenté est un mineur condamné à la prison à perpétuité aux Etats-Unis. Dès lors, les interprétations possibles sont multiples: sa vie est sacrifiée pour satisfaire un idéal, mais le prix à payer pour atteindre cet idéal est trop coûteux (cf. Descente de Croix) ; sa jeunesse est violée par une justice – ayant comme symbole l’aigle américain – qui vire à l’injustice (cf. Enlèvement de Ganymède) ; etc.

Une oeuvre d’une grande force, réunissant la technique, la référence au passé, la pertinence et la force d’un thème contemporain. Un artiste – un des futurs grands maîtres? – à suivre! Courtesy Galerie ALB AnoukLeBourdiec.

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Œuvre n°4

Le thème de Saint-Sebastien est très répandu pendant la Renaissance. Elle permet de représenter la passion, la souffrance, et le corps dénudé de l’homme. Guido Reni, un des grands maîtres de la Renaissance tardive, en livre une version très sensuelle et pleine de mélancolie, à la limite de l’érotisme en 1615.

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Le célèbre duo Pierre et Gilles s’en est inspiré en 1987. Mais cette fois, la sensualité érotique du modèle ne fait plus de doute. Affublé d’attributs kitchs, l’oeuvre tombe dans un masochisme contemplatif, une apologie du plaisir sexuel de la souffrance.

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Œuvre n°5

Comment ne pas finir cet article par l’oeuvre d’un des plus grands maîtres la plus connue, la plus diffusée, la plus copiée et la plus revisitée de l’histoire de l’art. Parmi les innombrables reprises par des artistes contemporains, on peut notamment citer celle de Roy Lichtenstein pour le pop art et celle de Space Invader pour le street art.

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