10 livres d’art contemporain insolites

Voir plus loin - -

Les cadeaux d’anniversaires de François Mitterrand, une bicyclette pour les couples en instance de divorce, le plus petit atlas du monde… les livres d’artistes ne connaissent pas le syndrome de la page blanche ! Humour, loufoque et onirisme vont de pair dans ces petits objets empreints d’un charme indéfectible. Oeuvre d’art à part entière, le livre d’artiste allie la beauté plastique au champ des idées. Né dans les années 1960, cet objet s’offre comme une des expressions de l’art conceptuel, bien qu’il tire sa source dès le XVIIIème siècle avec le poète William Blake.

L’alchimie du papier et de l’image inspire les artistes avant-gardistes avec en toile de fond la démocratisation de l’art. Alternatives au marché de l’art, les 10 œuvres sélectionnées par Artsper peuvent se glisser dans votre sac à dos.

 

#1 Dieter Roth, Diaries, 1967

7d3e7_july20_fruitmarket_img

Précurseur dans le livre d’artiste moderne en Europe et avant-gardiste sur tous les fronts, Dieter Roth, germano-suisse, est un dessinateur, peintre, poète, sculpteur, musicien reconnu. Véritable personnage, il se prête au jeu d’expérimentations abracadabrantesques : il peint avec du chocolat ou avec deux mains à la fois, change de nom lorsqu’il arpente un nouveau pays, métamorphose une cuisine en oeuvre d’art et excelle dans la poésie concrète. Par des jeux d’optiques lyriques et un graphisme envoûtant, Dieter Roth métamorphose le livre en un opus plastique. Les formes sensibles composées par Dieter Roth naissent au fil des pages, par le geste et l’imagination du lecteur.

 

#2 Sonia Delaunay / Blaise Cendras, La prose du Transsibérien, 1913

 

ob_e9d41a_prose-du-transsiberien

 

Un poème-tableau-accordéon de 2 mètres de long ouvre le premier livre en simultané.  Lorsque la prose de Blaise Cendras se conjugue au graphisme de Sonia Delaunay, une nouvelle expérience esthétique éclot. Le poème retrace le périple d’un jeune homme dans le transsibérien allant de Moscou à Kharbin. Par le biais de Guillaume Apollinaire, Blaise Cendras rencontre Sonia Delaunay et se lie d’amitié grâce à un amour respectif pour la langue et l’esthétique russe. La peintre compose des teintes tranchées à partir de la loi du contraste simultané pendant que le poète écrit à l’encre des songes de sa rêverie.

 

#3 Jacques Carelman, Catalogue d’objets introuvables, 1969

original.47640


Des objets hurluberlus pullulent au sein du
Catalogue d’objets introuvables de Jacques Carelman : faux nez robinet en période de carnaval, une gouttière pour parapluie pour évacuer l’eau de nos jambes, un tennis basket (objet qui combine les deux sports), une pipe à fumer deux tabacs différents, une bicyclette harmonium pour les musiciens… Jacques Carelman était un peintre, décorateur et illustrateur français rendu célèbre par l’affiche de Mai 68 représentant un CRS muni d’une matraque. Le caractère loufoque de ces objets s’accompagne de brèves descriptions dignes d’un vaudeville. L’artiste nous offre une parodie d’un catalogue de vente (Manufrance), avec en prime des éclats de rires à profusion.

 

#4 Guy Debord / Asger Jorn. Fin de Copenhague, 1957

C.Debord_A.Jorn_Rouge


Fin de Copenhague
est le fruit d’une collaboration de douze années entre Guy Debord, auteur de l’illustre La société de spectacle et Asger John, peintre expérimental danois. Publié par le Bauhaus imaginiste, le livre s’inscrit dans l’effervescence du MIBI (Mouvement Internationale Bauhaus Imaginiste, groupe avant gardiste européen fondé en 1954) et relate la théorie générale du détournement.

Ces deux figures du groupe situationniste, refusent les conditions de vie conditionnées par l’État et la marchandise. Artistes dissidents, le peintre asperge les pages par un flux de couleurs, tâches, souillures… pendant que l’écrivain, muni de sa plume, éclabousse l’ordre établi.

 

#5 Marcel Broodthaers, Atlas, 1970

299c6848837601a93d52abbc7d7321c1

Marcel Broodthaers donne naissance « au plus petit atlas du monde » de taille 50,5 x 69,5 cm, extrait de l’édition La Conquête de l’Espace/Atlas à l’usage des artistes et des militaires. L’auteur de cet opus, artiste plasticien conceptuel belge, peintre surréaliste, poète, photo-reporter, libraire, oscille entre un style surréalisme et dadaïsme. Il condense ses différentes influences au cœur de cet atlas pour illustrer 32 cartes de différents pays sous des échelles différentes. Le lecteur tourne les pages et effectue un tour du monde déconcertant empreint de mystère. L’alphabet crypté n’est pas sans rappeler Mallarmé et Magritte, les deux muses de Marcel Broodthaers.

 

#6 Ed Ruscha, Every building on the Sunset Strip, 2008

ed rusha


« Mes livres ont été des brûlots […]. J’adorais et j’adore toujours l’idée qu’ils désorientent… […]. Je crois vraiment que mes livres ont été très radicaux, peut-être ce qu’il y a de plus radical dans tout ce que j’ai fait… Je les tiens volontiers pour un aspect dominant de l’histoire de l’art de maintenant » 
(catalogue Centre Georges Pompidou, 1989).

Dans la lignée esthétique de Walker Evans, Ed Ruscha, inscrit sa pratique photographique dans un style documentaire et conceptuel. Entre Los Angeles et Oklahoma, le photographe capte les architectures vernaculaires des Etats-Unis. 25 mètres de vues panoramique déroulent un accordéon-photographique.

 

#7 Sophie Calle, Moi aussi, 2012

805518
Moi aussi s’intéresse au rituel d’anniversaire de l’artiste et des cadeaux qu’a reçu François Mitterrand au cours de ces deux septennats. Durant des années, Sophie Calle préservait ses cadeaux sans les ouvrir et les photographiait avec le projet de les réunir autour d’une exposition. L’artiste explique sa démarche :  « J’ai conservé mes cadeaux d’anniversaire à partir de 1980 et j’ai maintenu ce rituel quatorze années consécutives. François Mitterrand a créé le musée du Septennat en 1986 pour y exposer tous les cadeaux reçus dans ses fonctions de président de la République. Forte de mon année d’avance, j’ai pensé intituler ce livre « Lui aussi ». Mais eu égard à sa fonction, et au nombre de nos cadeaux respectifs – 318 environ de mon côté, 4.700 objets et 18 000 livres environ du sien – j’ai renversé l’ordre ».
Le livre en velours fait écho aux rubans des Demoiselles de la Légion d’Honneur offert à François Mitterrand. Sophie Calle nous indique même comment nouer les rubans et offre ainsi un beau cadeau d’anniversaire.

 

#8 Olafur Eliasson, Your house, 2006


454 feuilles, 908 pages et 1:85ème d’échelle bâtissent la maison de l’artiste Olafur Eliasson à Copenhague.  Commandé par la bibliothèque du Musée d’Art Moderne de New York, Your House s’offre comme « ta maison » le temps d’une lecture-déambulation. Au fil des pages, et par un une trois dimensions saisissante, le spectateur s’immerge, non plus dans ses espaces intergalactiques accoutumés, mais sous son toit. Le maître en la matière de l’immersion n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de brouiller nos perceptions.

 

#9 Daniel Spoerri, Topographie anecdotée du hasard, 1962

spoerri-530x331


Connu pour ses tableaux repas et ses trompes l’oeil, Daniel Spoerri poursuit le chemin de l’expérimentation à travers un inventaire d’objets illustrant sa chambre d’hôtel de la rue Mouffetard. L’artiste dépeint chaque objet (tranche de pain, brûlure de cigarette…) avec méticulosité et se rapproche ainsi d’une parodie de catalogue de musée. A la fin de l’ouvrage, un schéma du relevé topographique du hasard s’offre comme pièce à conviction. Dans la filiation de Georges Perec et ses
Tentatives d’épuisement d’un lieu parisien, Daniel Spoerri sonde  « l’infra-ordinaire ».

 

#10 Claude Closky, Mise à plat [straighten out], 2012

Claude Closky, ‘Mise à Plat’, 2012, Paris, Oscillations, No 1, pp. 37-40 (page 37)
Désordonner, ordonner, déplier, classer, répertorier… tels sont les jeux pratiqués par Claude Closky, figure majeure du livre d’art conceptuel. Dans la lignée dadaïste et surréaliste, l’artiste « déplie » (au sens littérale et figuratif) l’ordre établi. Il hérite d’une deuxième filiation : les jeux oulipiens de René Magritte et l’art conceptuel. Son travail dénoue les rouages de médias à travers deux figures antinomiques : l’ellipse et l’accumulation. Il déjoue et détourne le langage des discours dominants divulgués par les mass-médias. La recherche absolue du sens prônée par les modèles de représentation descendent de leurs piédestal sous un humour désopilant.

Partager cet article :

Laisser un commentaire