10 ballets à la frontière de la danse et des arts plastiques

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L’heure est au grand retour de l’œuvre d’art totale ! Quand les plasticiens décident de greffer leurs empreintes sur les corps de ballets, ça donne un melting pot aussi suave qu’une peinture en mouvement, des ballets-tableaux, ou encore des corps aux confins de l’œuvre plastique et sonore.

La perspective, le mouvement, le geste, l’espace, l’architecture, tissent le fil tendu entre la danse et les arts plastiques. Petit tour d’Artsper des ballets mariant deux arts pionniers de la révolution moderne.

 

#1 « Tree of Code » – Olafur Eliasson, Wayne McGregor, Jamie XX

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Tree of Codes – Olafur Eliasson, Wayne McGregor, Jamie XX  ©  Opéra Garnier, 2017
Sous une commande de l’Opéra National de Paris et du Manchester International Festival en 2015, de Park Avenue Armory, de Faena Art, du Sadler’s Wells et de Aarhus.
Extrait

Après la collaboration fructueuse entre James Blake et William Forsythe à l’Opéra Garnier, l’électro pop et le corps du ballet renouvellent les expérimentations, avec Jamie XX, musicien du groupe the XX, et Wayne McGregor, chorégraphe britannique.
Transcender la scénographie en un kaléidoscope vertigineux est l’affaire d’Olafur Eliasson, artiste plasticien danois, abonné au titillement des perceptions, aussi bien dans ses espaces interstellaires à la Fondation Vuitton, que dans son coucher de soleil à la Tate modern, ou encore par sa fontaine prométhéenne dans les jardins du château de Versailles.  

 

#2 « Daphnis et Chloé » – Daniel Buren, Benjamin Millepied, Maurice Ravel

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Daniel Buren Esquisse graphique pour la scénographie de Daphnis et Chloé, Ravel-Millepied, Opéra Bastille, 2013. ©DB-ADAGP Paris.
Composé pour les Ballets russes, Daphnis et Chloé, s’inaugure le 8 juin 1912 au Théâtre du Châtelet sous la direction de Pierre Monteux (chorégraphie : Michel Fokine, costumes : Léon Bakst). Extrait

Du tandem Daniel Buren et Benjamin Millepied jaillit un ballet de corps et d’objets, Daphnis et Chloé version abstraction et Opéra Bastille. Le premier adopte sa scéno « graphique » accoutumé avec un rideau de bandes verticales blanches et noires. Le second infiltre une mouvance aérienne contant les amours des deux bergers. Mon troisième révèle « Ravel » et mon tout relève le visage de l’allégresse.

 

#3 « Rain Forest » – Andy Warhol, Merce Cunningham, David Tudor

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RainForest, chorégraphie Merce Cunnigham, musique électronique signée David Tudor et les “silver pillows” d’Andy Warhol  © Théâtre Joyce, New York, 1968.

Le processus de sérialité, les éléments de la culture populaire, l’hybridation entre l’art et la vie, se transfèrent de l’oeuvre warholienne au ballet de Merce Cunningham élaborée en 1968. Par une musique minimale et une danse postmoderne, la chorégraphie RainForest reflète la confluence des arts, propre à la création des années 1960 à New York. Les Silver Clouds d’Andy Warhol, font partie du corps du ballet, à la même échelle que la musique électronique signée David Tudor, disciple de John Cage.

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Merce Cunningham, Ernesto Neto, Dance works II, théâtre d’Edinbourg 2014
© Perlman Gallery

« La danse ne vous donne rien en retour, ni manuscrit à vendre, ni peinture à mettre sur les murs, ni poème à imprimer, rien que cette sensation unique de se sentir vivant », Merce Cunningham.

Influencée par John Cage et ses compositions aléatoires, Merce Cunnigham libère la danse du rythme de la musique  pour bifurquer sur l’intérieur des danseurs. Les artistes plasticiens, admiratifs par la liberté qu’infuse Merce Cunningham à ses ballets, réalisent ses décors, de Marcel Duchamp à Bruce Nauman en passant par Ernesto Neto avec Dance Works II.

 

#4 « Danser la peinture » – James Turrel, Mélanie Perrier

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à gauche :  James Turrel, Bridget’s Bardo, 2008 © James Turrel
à droite : Mélanie Perrier/James Turrel, Danser la peinture, Nouvelles Editions Scala, 2015  © Mélanie Perrier

Danser l’oeuvre d’un peintre ou d’un sculpteur, tel est le défi lancé par le photographe Laurent Paillier et le critique de danse Philippe Verrièle à 11 jeunes chorégraphes pour les exposer dans un ouvrage. Sept ans après les espaces cosmiques de James Turrel, Mélanie Perrier s’empare de ses bains de lumière pour sculpter à son tour la lumière, et par-dessus les corps. Contemplatif et immersif.

 

#5 « Le Bal Bullier » – Loïe Fuller, Sonia Delaunay

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à gauche : Loïe Fuller, La danse serpentine, vers 1900  ©  Lumière Brothers / Extrait / 
à droite : Sonia Delaunay, Le Bal Bullier, 1913, huile sur toile matelas, 97 x 390 cm ©
Collection d’art moderne du Centre Pompidou, Paris, France.

« Doucement – presque religieusement – j’agitai la soie, et je vis que j’obtenais tout un monde d’ondulations que l’on ne connaissait pas encore. J’allais créer une danse ! », Loïe Fuller, Ma vie et la danse, 1908.

Deux figures de la danse ont révolutionné la conception d’un art codifié, Isadora Dancan, la danseuse aux pieds nus ou l’art de danser sa vie, et Loïe Fuller, pionnière d’une esthétique avant-gardiste, dans des ballets cinétiques où lumière, couleur et mouvement se font écho. 

 

#6 Michael Clark Company – Tate Modern

Mmm... Michael Clark Company Photographer: Hugo Glendinning

Michael Clark Compagny, th, 2010–2011 Tate Modern © Hugo Glendinning
Sous une commande du Barbican, Michael Clark Company (Clark born 1962, company founded 1984), Tate Live: Michael Clark Company at Tate Modern 2010–2011, Turbine Hall Residency 2010, th 2011

En réponse à l’architecture monumentale de la Turbine Hall, Michael Clark, artiste associé au Barbican de Londres, expérimente une chorégraphie où corps et décor font corps. Par une esthétique formelle à la Buren, le ballet joue avec les codes de la danse (contemporaine et classique) sous influence de culture pop-rock-punk à la Bowie. Un travail collaboratif avec Charles Atlas et Stevie Stewart, croise la grâce formelle à la pointe de la transgression. Preuve à l’appui de 2 minutes exquises.

 

#7 « Les œillets de l’espoir » – Pina Baush, Peter Pabst

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                                        Pina Bausch, Ulli Weiss, 2015 ©  Théâtre du Châtelet.
Ballet écrit en 1982 par Pina Bausch, scénographie Peter Pabst,compagnie Tanztheater Wuppertal,  à Wuppertal, en Allemagne. Extrait.

A la suite d’une discussion entre Peter Pabst et Pina Bausch sur la beauté des champs de tulipes en Hollande, éclos Nelken ou Les oeillets de l’espoir en français, chorégraphiés par l’artiste allemande et scénographiés par son acolyte en 2015. L’esthétisme de Pina Bausch se compose à l’aune d’un tableau pictural où les influences de la culture européenne prolifèrent, sous fond de tragédie grecque et de tendance expressionniste, où guettent les ombres de Pasolini, Stravinsky, Perrault…

 

#8 « Signes » – Olivier Debré, Carolyn Carlson, René Aubry

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Olivier Debré, Carolyn Carlson, Signes, 1997 © Opéra Garnier. Extrait. 

Sous une partition musicale de René Aubry, les danseurs de l’Opéra de Paris, prennent corps dans un décor pictural composé par Olivier Debré. Avec Signes, la chorégraphe américaine Carolyn Carlson signe une gestuelle graphique, à l’instar d’un pinceau, où le lyrisme se convie à la pureté.

 

#9  « Rain » – Ann Teresa de Keersmaeker, Steive Rech

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Ann Teresa de Keersmaeker, Rain, 2014  © Opéra Garnier. 

Avec des airs d’un tableau printanier de Claude Monet après avoir croisé l’art minimal, Rain, création d’Ann Teresa de Keersmaeker,  mêle une palette saturée de rose aux ondulations aériennes sur les murs de l’Opera Garnier en 2014. La musique hypnotique de Steive Rech renverse le caractère rafraîchissant par une tension mise à son exergue. Les paradoxes exacerbées débouchent sur un sentiment d’inquiétante étrangeté, celui de l’esthétique du sublime. Démonstration en image de l’allégresse. 

 

#10 « Pixel » – Compagnie Käfig, Adrien Mondot et Claire Bardainne

© CCN Créteil et Val-de-Marne / Compagnie Kafig

Une danse en apesanteur, un torrent d’images oniriques et hypnotiques, une musique débridée, un succès à son acmé depuis trois ans, l’opus se nomme Pixel. Aux confins de l’art numérique, de danse hip hop et de la musique classique… Mourad Merzouki, alchimiste de la danse et des pixels, flirte avec la féerie sous 11 interprètes aux corps symbiotiques et par un duo d’ingénieurs ingénieux.

 

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