TOUR D’HORIZON DE LA SCULPTURE HYPERREALISTE

Rencontres - -

L’exposition phare sur Ron Mueck organisée par la Fondation Cartier en 2013 a largement contribué à braquer les projecteurs sur le genre et les artistes de la sculpture hyperréaliste. il s’agit d’un type de sculptures d’un genre bien spécial qui flirte avec le modélisme et la tradition du mannequin de cire ou encore la confection de personnages pour le cinéma. La particularité de la sculpture hyperréaliste est d’imiter l’apparence humaine au détail anatomique près : ongles, veines, grains de beauté, poils et cheveux ! Cela donne des oeuvres particulièrement déstabilisantes jouant sur notre instinct voyeuriste: en effet ces sculptures nous fournissent la rare opportunité de nous livrer sans borne à l’observation anatomique de nos semblables. 

{1. DUANE HANSON}

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Queenie II, 1988

Duane Hanson est un sculpteur hyperréaliste américain né en 1925 qui a influencé une génération entière de sculpteurs tels que Ron Mueck. Au-delà de la représentation parfaite de la réalité, les sculptures de Duane Hanson abordent les problématiques sociétales de son temps.

L’homme, la condition humaine et la violence sociale sont les thèmes centraux des 144 sculptures qu’il a réalisé au cours de sa carrière grâce à la technique du « life casting ». Cette technique consiste à réaliser des moulages sur le corps de modèles vivants en appliquant des bandes de plâtres sur la peau des modèles recouvertes de vaseline. Les parties du corps sont ensuite assemblées et peintes à l’acrylique ou à l’huile pour obtenir l’effet hyperréaliste désiré : taches de rousseur, veines, rides etc. Enfin Duane Hanson apporte la touche finale en accessoirisant ses sculptures.

Après avoir réalisé des sculptures aux messages forts à l’occasion de la guerre du Vietnam dans les années 1960, Duane Hanson opère un tournant dans le choix et le traitement de ses sujets à partir de 1970, dont sa sculpture « Supermarket lady » est représentative. Avec un langage beaucoup plus implicite, l’artiste n’en dénonce pas moins la société de surconsommation américaine et l’illusion de bonheur grâce à la possession matérielle.

{2. RON MUECK}

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Wild man, 2005

Ron Mueck est probablement le représentant le plus connu de la sculpture hyperréaliste: d’origine allemande et né en Australie, il débute sa carrière comme confectionneur de maquettes et de marionnettes pour des films. Ce n’est qu’en 1996 qu’il se tourne vers la sculpture de manière artistique après avoir été présenté à Charles Saatchi par sa belle-mère, elle-même artiste.

A base -entre autres- de résine, de fibres de verre, et de silicone, Ron Mueck crée des sculptures d’un réalisme saisissant et joue sur les échelles.

Plus grandes ou plus petites que nature, les sculptures de Ron Mueck plongent le spectateur dans l’intimité de ses modèles, avec un certain attrait pour la morbidité des corps. Représentés sans faux-semblant, la matérialité des corps (pesanteur, vieillissement etc.) confèrent à ses sculptures une carnation parfois plus vraie que nature.

Les sculptures de Ron Mueck parlent le plus souvent de la solitude, de la vulnérabilité, et de l’aliénation, tout en abordant des thèmes plus universaux comme la naissance, la mort ou encore la vieillesse.

{3.MAURIZIO CATTELAN}

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La Nona Ora, 2000

Maurizio Cattelan est l’une des superstars de l’art contemporain aujourd’hui. Né à Padoue en 1960, il apparaît comme le trublion du monde l’art tant son œuvre est grinçante et provocante, et brouille les codes du monde de l’art. Ses artistes de référence sont sans surprise Marcel Duchamp et Andy Warhol.

Les sculptures hyperréalistes de Maurizio Cattelan sont essentiellement tragi-comiques. Elle remettent en cause le pouvoir et l’autorité sous différentes formes : Hitler agenouillé en position de prière tel un petit garçon repenti, le pape Jean-Paul II écrasé par une météorite, ou encore les lettres blanches d’HOLLYWOOD placées au-dessus de la plus grosse décharge de Sicile. L’artiste a un sens de l’humour plutôt acerbe et le message de son œuvre est assez univoque : la vie est une farce.

Bien que subversif dans ses œuvres, l’artiste mène pourtant une vie relativement simple et a annoncé sa retraite de la vie artistique il y a quelques années pour pouvoir se consacrer à ToiletPaper, son magazine de photos sans légendes aux influences surréalistes.

Le musée Guggenheim de New York lui a consacré une rétrospective en octobre 2011.

{4.PATRICIA PICCININI}

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The Long Awaited, 2008

Patricia Piccinini est une artiste australienne parmi les plus renommées de sa génération. Ses sculptures hyperréalistes explorent les relations de la science avec la nature, l’art et de l’environnement. Les sculptures de Patricia Piccinini sont fascinantes car elles représentent de manière hyperréaliste des créatures monstrueuses pourtant sorties tout droit de l’imagination de l’artiste. Ces créatures sont des espèces de mutants provenant d’expériences biotechnologiques. Au sein de son travail, elle questionne ainsi les notions de gènes, de normalité, de mutation, et la frontière entre l’homme et l’animal.

Ses œuvres sont faites à base de silicone, de matériaux plastiques ou organiques (poils d’humains ou d’animaux) et tournent abordent les thèmes de fond de l’enfance ou de la maternité.

 

{5.SAM JINKS}

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Still Life (Pieta) 2007

Sam Jinks est un sculpteur australien dont les oeuvres parlent principalement de la vulnérabilité émotionnelle. Ses œuvres sont faites en silicone, fibre de verre, résine et sont peaufinées grâce à des éléments biologiques tels que des cheveux humains, ce qui renforce leur aspect hyperréaliste.

Ses sculptures suggèrent des moments privés et intimes dans lesquels le spectateur se trouve projeté, et ce d’autant plus que les modèles de l’artiste sont le plus souvent nus et les yeux fermés ou détournés, les rendant en quelque sorte complices de notre voyeurisme.

Alors que le spectateur assiste à ces moments de mise à nu suspendus –vieillesse, enfance, contemplation silencieuse-, ils le renvoient par là-même à sa propre fragilité.

Les œuvres de Sam Jinks ont été exposées à la Biennale de Venise et dans de nombreux musées en Australie et dans le monde entier.

 

{6.MARC SIJAN} 

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The embrace, 2012

Marc Sijan est un artiste américain né en Serbie paradoxalement plus connu en Europe, Asie ou encore au Moyen-Orient qu’aux Etats-Unis. Après un diplôme d’art à l’Université du Wisconsin, il a également fait un master en science, ce qui l’a amené à suivre de nombreux cours d’anatomie et de biologie.

Il travaille ses œuvres à taille humaine pendant plusieurs mois de manière très méticuleuse d’après photo ou modèle vivant. Marc Sijan se déclare fasciné par Michel-Ange dont il admire le travaille anatomique. Cependant, au contraire de Michel-Ange, Marc Sijan ne célèbre pas les formes idéales mais s’attache au contraire aux imperfections physiques des modèles qu’il travaille.

Une fois qu’il a réalisé ses moules, Marc Sijan applique 25 couches de peintures et vernis successifs pour attendre l’effet de profondeur et de translucidité recherchée.

Marc Sijan a participé à plus de 50 expositions solos dans le monde.

 {7.SUN YUAN ET PENG YU}

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Angel, 2008

Sun Yuan et Peng Yu sont deux artistes chinois controversés à cause de leur travail avec des matériaux extrêmes tels que des tissus graisseux humains, des animaux vivants, des cadavres de nouveau-nés qu’ils utilisent pour aborder les questions de la perception, de la mort, et la condition humaine.  Leurs sculptures hyperréalistes sont souvent dérangeantes et poignantes à la fois à l’image de celle intitulée « Angel » représentant un veille homme doté d’une paire d’ailes ressemblant à celles d’un poulet déplumé et comme tombé des cieux.

Les œuvres de ce duo d’artiste parodient notamment les figures du pouvoir et remettent en cause nos systèmes de croyances et de valeurs, le conditionnement social et les relations entre l’Orient et l’Occident.

 

{8.JOHN DE ANDREA}

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Sitting women, 1972

John de Andrea est un sculpteur hyperréaliste américain, contemporain de Duane Hanson, qui participe à toutes les manifestations internationales dédiées à l’hyperréalisme (notamment participé à la Documenta V de Kassel). Il travaille ses oeuvres à base de polyester et de fibre de verre, et plus récemment s’est tourné vers le bronze.

Les œuvres de John de Andrea traitent du monde des apparences et du jeu que nous jouons en société. En figeant la vie, John de Andrea veut faire passer le message que le monde n’est qu’apparence et que nous ne sommes que des pantins.

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