Rencontre avec l’artiste Annina Roescheisen

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Annina Roescheisen est un profil atypique du monde de l’art. Personnage multifacette, elle est successivement mannequin, spécialiste en Art du Moyen-Âge, agent d’artistes, marraine de l’association Ninoo pour les enfants autistes et enfin artiste multimédia. Artsper lui a posé ses questions.

 

 Annina Roescheisen artsper

 LA PIETÀ (5 films & 7 photographies), 2014

{Artsper}: Après avoir travaillé comme mannequin, spécialiste en Moyen-Age chez Sotheby’s et agent d’artistes vous êtes aujourd’hui artiste multimédia. Parlez-nous de ce parcours atypique.

Annina Roescheisen: Le côté mannequin est très court et très atypique car j’ai arrêté à 13ans. J’ai repris lorsqu’à 25 ans j’ai prêté mon image à quelques marques comme Diesel ou Bash qui ont eu envie d’associer leur marque à une personne un peu atypique. A cette époque je venais d’arrêter chez Sotheby’s pour m’installer en France. J’ai travaillé d’abord pour des jeunes artistes avant de me lancer moi même dans la création artistique. C’était un chemin pour trouver ma juste place dans l’Art. Aujourd’hui je l’ai trouvée en étant artiste. Mon univers s’est enrichi de mes expériences, autant mon amour pour le Moyen Age que mes expériences de vie. Tout cela se reflète aujourd’hui dans mon art.

{A}: Vous vous présentez comme une « social media artist ». Qu’entendez-vous par ce terme ?

AR: Je dirais plutôt artiste multimédia, car je travaille sur différents supports. Tout est basé sur l’écriture. Les mots valent cher et j’ai toujours aimé écrire. L’écriture s’exprime du coup dans mon Art comme base de mon travail. Elle se reflète visuellement avec des sculptures qui sont toutes gravées, comme moi qui suis tatouée. D’une manière avec mes tatouages je suis gravée à vie sur cette terre. C’est pour l’Art vidéo que mon coeur bat le plus fort. C’est un sujet très complexe qui commence avec l’écriture. Mes mots se transforment en sorte de tableau ou peinture vivantes; une histoire naît devant mes yeux et j’essaye de la transcrire en filmant. Il y a tout un travail a faire derrière : montage, rythmique, musique et intégration du tout dans un univers comme des installations ou des sculptures/ objets – jusqu’à la pièce d’art vidéo finale. Donc je dirais que le mot « multimédia » décrit le mieux mon champs de travail.

{A}: Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

AR: C’est un tout. Evidemment l’art, mais aussi des sujets humains dans toute leur simplicité, la musique, la littérature, mais aussi autant la nature, la terre. C’est vraiment un tout.

{A}: Dans votre œuvre Pietà, entre sculpture et performance, vous réinterprétez la figure de la Vierge Marie dans un registre pop. Expliquez-nous votre démarche.

AR: La Pietà c’est évidemment un registre du Moyen Age, marqué de pleins de codes et une symbolique forte. J’ai toujours adoré les piétas, leur profondeur, leur intimité et en même temps leur ouverture vers le monde.
Dans ma création de la Pietà – il s’agit d’un œuvre vidéo composée de 5 vidéos et 8 photographies qui accompagnent l’œuvre – le sujet de la Pietà est abordé sur plusieurs niveaux et une lecture sur plusieurs plans est possible. C’est une relation entre mère et enfant, une histoire de l’enfance, une histoire d’abus, une histoire entre la vie, la mort et la renaissance. L’ours se dégrade, on s’accroche a son enfance, néanmoins on devient adulte, femme, on se dénude et creuse en soi pour retrouver cette clef intérieure de sagesse et de savoir qu’on a souvent perdu dans son enfance. On est dans un sujet du Moyen Age et historiquement on va vers la Renaissance. Le décor, les yeux, ce genre de spectateur derrière, tout s’essouffle et renaitra après. C’est une performance en 5 actes, jouée volontairement dans une manière très lente avec des mouvements à peine visible. Chaque vidéo raconte une histoire et les 5 ensemble une narration filmique complète. C’est le sujet de la Pietà transcrit dans un contexte contemporain avec beaucoup de symboles visibles mais aussi cachés. A décoder, comme une chasse a trésor pour trouver votre propre clef intérieure qui vous fera renaitre a chaque instant de votre vie en joie, en espoir, avec une notion vers le positif et la beauté dans la vie de chacun.

{A}: Quel est l’évènement artistique qui vous a le plus marqué en cette rentrée 2014 ?

AR: L’événement personnel le plus marquant était la finalisation de ma dernière pièce vidéo : « What are you Fishing for ? ». Cela représente un an de travail avec beaucoup d’expériences, d’apprentissage et de joie en voyant ce film naître pas après pas. Je suis très reconnaissante du coeur qu’a mis toute mon équipe pour donner vie à cette réalisation.
Sur un plan global c’était la semaine de la FIAC qui est toujours intense. On découvre l’art comme jamais, il est partout dans la ville et derrière chaque porte on peut faire des découvertes d’œuvres incroyables. Ce qui m’a énormément marquée c’est l’œuvre de l’architecte Sou Fujimoto dans le jardin des Tuileries. Ca devrait être un œuvre qui reste après la FIAC. Elle s’intègre parfaitement entre l’Art ancien avec le Louvre et l’Art Contemporain. Une suite magnifique pour raconter l’histoire de l’art dans sa complexité et dans toute sa beauté.

{A}: Que pensez-vous du projet d’Artsper de vendre de l’art en ligne ? Avez-vous déjà acheté une œuvre sur internet ?

AR: Je n’ai encore jamais acheté d’Art en ligne – mais je suis très consciente que c’est le futur. On bouge tous tellement sur cette terre que la communication via internet est ainsi, et les achats d’œuvre d’art en ligne sont devenus une nécessité. Du coup ca me donne envie aussi de me pencher plus dans cette direction là et de découvrir de plus en plus aussi cette façon d’approcher l’art. On voit et communique aujourd’hui avec une seule image, si on pense a instagram par exemple – donc je trouve qu’Artsper est tout a fait dans l’air du temps. Les oeuvres exposées sur le site sont très diverses et éclectiques, et ça donne envie!

{A}: Quels sont vos prochains projets sur lesquels vous travaillez?

AR: En ce moment j’écris sur mon nouveau film et je repars en voyage de repérage pour trouver le lieu qui s’est présenté comme tableau devant mes yeux. J’ai déjà une idée assez précise du lieu, je n’ai donc qu’une hâte, de partir le sentir en vrai.

© Photographie de Christian Geisselmann

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