RENCONTRE AVEC: JULIEN CALOT

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Julien Calot est un jeune artiste français né en 1982. Originaire de La Rochelle, amoureux du surf et de la mer, Julien CALOT révèle un univers profondément marqué par les codes de la surf culture : couleurs vives, dynamique des corps et des visages sur fond de rock. Ses oeuvres sont composées d’une myriade de petits points tendent à l’abstraction mais qui révèlent néanmoins une figuration rythmée et chaotique faisant aussi bien écho à l’art des aborigènes d’Australie qu’à la surf culture dont se nourrit l’artiste.

A travers une série de grands formats foisonnants de signes et de lignes au cœur d’harmonies monochromatiques intenses de bleu, vert, rouge ou brun, Julien CALOT célèbre une nature énergique et colorée, parfois violente, où se mêle l’exubérance des mondes animal et humain dans des fresques saturées puissantes et hypnotiques.
Dans cette complexité infinie de détails, l’artiste offre la vision d’une existence colorée, ardente et énergique plongée dans l’univers chaotique du bruit des villes et des flux urbains ; un monde résolument contemporain. Julien CALOT tente de saisir la vie dans sa complexité, ses nuances : tantôt paisible et sauvage, ludique et inquiétante, lumineuse et sombre.
L’artiste nous livre de véritables paysages intérieurs habités de personnages expressifs et turbulents où se déploie une nature luxuriante, prolifique et inquiétante.

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The Gardener, 2013

{Artsper}: Julien, vous semblez être un créatif touche à tout (musique, beaux-arts, publicité), parlez-nous de votre parcours et de la place de l’art dans votre vie ?
{Julien Calot}: La création a toujours été au coeur de ma vie: j’ai commencé la musique tout petit, la peinture et le dessin également. Nourri par les lectures artistiques de mes parents et d’innombrables visites d’expositions et des musées d’Europe, vers l’âge de 17 ans, ma passion pour la création m’est apparue vraiment comme essentielle, et comme une évidence. Mon parcours professionnel ne l’a pas intégré tout de suite, j’ai fait des études d’ingénieur puis de commerce à l’EM Lyon, avant de commencer un premier métier dans la stratégie et le conseil.
Je menais alors une double vie, avec d’un côté, un univers personnel riche de peintures, dessins, infographie 3D, illustrations, musique, et de l’autre mon travail, plus contraignant et « sérieux ». Jusqu’à une rupture brutale, et le souhait de me concentrer vraiment et uniquement sur les métiers de la création. Ainsi j’ai intégré une agence de publicité, Fred et Farid, dans laquelle j’ai du « faire mes classes », réapprendre à zéro, puis je suis vite devenu Directeur Artistique. La progression a ensuite été rapide. Aujourd’hui je travaille comme Directeur de Création dans l’agence Air Paris. Cette voie de la publicité m’a permis de trouver un équilibre plus juste pour moi. Il ne s’agit plus QUE de création. Même si celle de la publicité est parfois plus contrainte par les exigences des marques, elle enrichit sans cesse ma création personnelle, qui, elle, est donc dégagée de toute contrainte, et se révèle ainsi plus libre, spontanée et totalement intime.
{Artsper}: En quoi la diversité de vos activités et la richesse de votre profil influencent votre pratique artistique ?
{Julien Calot}: C’est l’urgence de créer qui est au coeur de cette question. Je souffre souvent du manque de temps, et donc, chaque moment doit pour moi être mis à profit pour FAIRE. Je travaille sans arrêt, et c’est ce qui m’anime en permanence. La diversité des activités, je la considère comme une force enrichissante. Elle permet tout d’abord des rencontres exceptionnelles. J’ai la chance à travers mon métier de travailler au côté de grands photographes contemporains sur des campagnes de publicités. Il y a une certaine effervescence et un dynamisme unique qui naissent de ces échanges. Mes projets musicaux m’ont permis aussi de rencontrer beaucoup de monde dans le milieu du disque, etc… Quant à mes premières expériences dans le conseil et même l’ingénierie, c’est la même chose… Ce sont des parts du réel que je garde avec moi. Je pense que l’expérience de ce réel est fondamentale. Etre au coeur de la machine, se fondre dedans, pour mieux s’en détacher, s’imprégner de cette « vraie vie », pour mieux tenter de retranscrire dans mon travail personnel, son souffle et son énergie.

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LA Kids, 2015

{Artsper}: Vos œuvres picturales se nourrissent de la culture du street art comme de celle du surf ou encore de l’art aborigène, pouvez-vous nous expliquer cette alliance ? D’où tirez-vous votre inspiration ?
{Julien Calot}: J’aime beaucoup de choses très diverses en matières d’art. Tout peut être inspirant. J’aime la couleur, le dessin, la figuration. Et donc je porte mon regard naturellement vers beaucoup de détails qui doivent être très inspirants pour moi. Ce peut être un graffiti en effet, ou l’imprimé d’un tissu thai, ou encore la ligne d’un tatouage, un masque dogon, un sticker sur une planche de skate. Même si je n’aime pas beaucoup cette idée d’inspiration. Pour moi, c’est plutôt une impression que laisse des émotions visuelles. Par exemple, une journée passée à marcher de rendez vous en rendez vous dans les rues de New York, laisse l’impression d’une fatigue bruyante, enivrante, mais aussi les couleurs des rues, les typographies, les néons… Tout ça entremêlé peut être le départ de quelque chose. J’aime les histoires. L’histoire est toujours le point de départ d’une création.
J’aime les peintres shamaniques, l’art brut, la figuration libre, l’art amérindien… Bien sûr, ceux que j’aime le plus seraient sans doute les grands modernes, Picasso, Fernand Léger, Chagall. J’adore l’énergie pop de Murakami, les drapés de Kehinde Weiley, les couleurs de Combas, le geste libre de Twombly, ou plus récemment Parla, Jonone aussi, j’aime le graphisme de Kusama. Et bien sûr, je m’intéresse beaucoup au street art, je suis beaucoup de grapheurs sur Instagram, ma peinture pourrait être dans la rue. Le surf est aussi un élément essentiel, je suis sensible aux codes graphiques colorés de toute la « surf culture » californienne.

{Artsper}: Parlez-nous de votre exposition à la Galerie Claire Corcia, « Apnea », quelle est la vision qui se cache derrière ce titre et cette sélection d’œuvre ?
{Julien Calot}: Tout d’abord il y a la mer, qui est fondamentale pour moi. A contre-courant de tout ce mouvement incessant des grandes villes, la mer m’apaise. J’aime nager. J’aime l’eau. J’aime le surf. C’est mon oxygène de récupération.
Apnea a plusieurs signification :
– La première, c’est celle d’une vision que j’ai eue. Je pratique moi-même depuis quelque temps un peu l’apnée.
– J’aime l’idée de retenir sa respiration pour contempler les choses en tentant de les figer en un court instant. Ce serait faire un arrêt sur image. Arrêter tout le mouvement pour une milli-seconde. En Apnée, le temps n’est pas le même. Il est distendu. Les secondes n’ont pas la même portée sous l’eau. Ainsi, chaque instant est plus intensifié. L’observation n’en est elle même que plus juste et plus forte.
– Enfin, ma peinture suit le rythme de ces respirations syncopées de l’Apnée. C’est très physique tout compte fait. On retient son souffle sur certains mouvements, d’autres au contraire sont amplifiés par des respirations pleines. J’avais écrit ce petit texte pour parler de l’exposition. Je pense qu’il traduit assez bien pour moi l’idée de cet APNEA :« Retenir sa respiration et plonger; dans le flux de la vie tourbillonnante, le brouhaha des individus et des machines, les explosions d’une nature qui grouille, les courants de particules, les amas cellulaires, ou dans le bleu sombre des profondeurs silencieuses des tombants des coraux, comme magnétisé par le ballet aléatoire des particules de plancton qui s’illuminent dans les raies du soleil, à la surface. S’arrêter un instant pour ne plus être, seulement regarder le monde, le figer à l’infini. Puis remonter vite pour inspirer à nouveau, pris par un instinct plus fort que tout, avaler l’air frénétiquement et sentir la vie qui s’engouffre partout. »

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The Crossroad, 2013

{Artsper}: En plus de la peinture, vous faites également des photographies, dont l’univers est assez différent de celui de vos œuvres sur toile : s’agit-il de deux branches créatrices différentes et indépendantes ?
{Julien Calot}: Les grandes fresques photographiques sont des travaux plus anciens. Aujourd’hui, c’est la peinture.

{Artsper}: Avez-vous d’autres projets artistiques en cours ou à venir ?
{Julien Calot}: Toujours beaucoup bien sûr. Je cherche des partenaires et suis en contact avec des galeries pour exposer à NY et aux Etats Unis. Je travaille sur des grands formats. Je pense que j’irai également faire quelques pièces dans les rues. Mais sur des murs ouverts autorisés Je finalise également la création d’une marque de surf qui sortira cette année.

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The great white buffalo hunt, 2013

{Artsper}: Quels ont été les moments / les expositions / les rencontres clefs de votre parcours artistique ?
{Julien Calot}: Il y en a tellement… La découverte des peintures de Michel Ange de la Chapelle Sixtine. Orsay, le Louvre, Rembrant, Delacroix. Ma rencontre avec Fred et Farid et leur confiance. L’exposition Yves Klein a Beaubourg. Le film sur Pollock avec Ed Harris. Anselm Kieffer au Monumenta au Grand Palais. Les marines de Gerhart Richter. Ma rencontre avec Tho Van Tran, Dimitri Katchasniass, Cecile Begue Turon de Air Paris, et leur confiance. Ma rencontre et les échanges avec Claire Corcia, et son analyse de mon travail. L’exposition récente de David Altmedj au musée d’art moderne à Paris. Les rencontres avec de grands photographes de mode dans le cadre de mon travail professionnel. La dernière exposition Jeff Koons Gazing Ball chez Gagosian à New York. Le musée Picasso à Paris. Les échanges artistiques constants avec mes parents et mes proches.

{Artsper}: Si vous deviez inscrire votre pratique artistique dans la lignée de 3 grands artistes, qui choisiriez-vous ?
{Julien Calot}: Léger. Picasso. Basquiat.

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