QUIK (Lin Felton): Interview d’un des pionniers du street-art

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QUIK (Lin Felton) est l’un des pionniers du street-art new-yorkais. A 57 ans, il n’a pas perdu l’esprit des premiers jours! Il nous fait partager sa passion dans cette interview réalisée à l’occasion de sa nouvelle exposition à la galerie Ange Basso « The Blues Painter« , que vous pouvez découvrir en ligne ici!

 

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Tu as déclaré « À 10 ans, je regardais les noms écrits sur les murs en allant à l’école, je n’ai jamais osé écrire le mien » Pourquoi le Graffiti ?

{QUIK}: Le Graffiti semblait être partout ! Les graffitis des gangs blacks et latinos étaient diffusés sur tous les murs de New York, et les premiers graffitis dans les métros à la bombe de peinture ont commencés à apparaître dans les années 70. C’était clairement un acte de rébellion, de jeunesse, et j’ai été plongé dans son effarante dynamique visuelle.

 

Dès que tu as commencé, tu as joué avec les représentations « comics » alors que le Graffiti était à cette époque l’art du lettrage. As-tu été influencé par le Pop Art et voulu l’incorporer au Graffiti ?

{QUIK}: J’étais un artiste de graffiti terrible ! Je pouvais faire d’énormes pièces horribles tout en posant mon nom à l’extérieur des 24 lignes de métro. J’excellais dans l’art de la destruction excessive. Cependant lorsque je peignais avec d’autres artistes, je m’efforçais d’avoir un style plus attirant, en peignant des cimetières, des baleines, des caricatures racistes stéréotypées etc… J’avais un humour noir que je voulais diffuser à travers tout l’underground.

 

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Tu as été un des premiers à travailler sur toile, à une époque où le Graffiti était essentiellement sur les murs et les wagons de métro. As-tu compris rapidement la nécessité de reconnaitre les galeries ainsi que la possibilité d’être perçu en tant qu’artiste ?

{QUIK}: J’ai créé ma première œuvre sur toile entre 1974 et 1975 après avoir vu les exploits publics du groupe UNITED GRAFFITI ARTIST d’Hugo Martinez. J’ai étudié une grande partie de ma vie, cela m’a permis d’expérimenter plus librement en école d’art. L’université fut une aventure décourageante. J’ai d’abord étudié à l’université américaine de Washington, pour apprendre les sciences de l’environnement et devenir garde forestier ! J’ai continué de peindre mais les styles classiques de représentation des objets m’ont mis à l’écart.

Quand j’étudiais au PRATT Institute à New York, j’étais le seul afro-américain hétéro de la section graphisme et illustration. Les professeurs détestaient mes graffitis, d’ailleurs mon affectation en Arts Appliqués prouva que je n’avais pas les compétences de mes homologues caucasiens.

Ce furent les premières expériences qui me confrontèrent au racisme et contrecarrèrent mon succès. Néanmoins, dans les quelques cours auxquels j’ai assisté à la PARSONS school of design j’ai obtenu de bonnes notes. Les professeurs étaient plus professionnels, presque militaire dans leur style d’enseignement.

Ce fut à cette période que mon travail prit une véritable dimension rebelle, cynique et agressive à propos de la vie « amerikkkaine » et du faux rêve vendu aux citoyens.

 

À 23 ans, tu es parti en Europe pour ta première exposition en Hollande, sur les conseils de ton ami FUTURA2000 ?

{QUIK}: LEE Quinones était probablement le plus talentueux des graffeurs new-yorkais et il a commencé à exposer à l’étranger dès 1979. (Je suis également très fier de dire que mes devoirs universitaires qui m’ont valu de mauvaises notes à l’époque sont maintenant dans des collections de musées !) FUTURA et son collègue ALI ont remis en place le groupe d’écriture SOUL ARTISTES et ont inspiré beaucoup d’entre nous pour chercher différents supports pour notre travail en dehors des métros.

Dans les soirées SOUL ARTIST la fréquentation se constituait d’artistes comme moi, RAMMELLZEE, Dondi, Zephyr, Accident, Keith Haring, Kiley Jenkins, Kenny Sharf, REVOLT etc… Ce fut une source d’inspiration, d’autant que nous devenions de plus en plus âgés et la perspective d’aller en prison pour infraction n’était pas attrayante.

 

Parfois ironique, politique ou intimiste, tes œuvres racontent ton background autant qu’elles reflètent tes convictions ?

{QUIK}: Certains de mes premiers grands tableaux en 1982 avaient des thèmes liés à l’inconfort «Amerikkkan» ainsi que des citations de James Baldwin, Billie Holiday, etc… Je ne peignais pas nécessairement mon nom, je l’avais déjà fait plus de 10.000 fois sur les côtés de trains de métro.

Mon médium de prédilection? Pulvériser de la peinture sur les trains de métro, YEAH ! D’ailleurs la dernière fois que j’ai peint un train je pouvais à peine franchir la barrière ! (le galeriste Johnny Grizot était avec moi, vous pouvez lui demander !)

 

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Depuis plusieurs années, tu travailles avec des galeries françaises… Comment perçois tu la scène française du Graffiti et le développement du marché en France? Penses-tu que la France soit devenu le Saint graal du marché du Graffiti?

{QUIK}: Les tendances artistiques vont et viennent en se focalisant sur des zones géographiques particulières. Depuis 2008, les artistes et les galeristes parisiens font un effort considérable pour promouvoir cette jeune recherche artistique, baptisée Graffiti. Bien que la concurrence ne soit pas nécessairement organisée dans un mouvement cohérent, les œuvres à la bombe de peinture passées et présentes sont devenues un vrai marché pour les collectionneurs. Ceux qui ont grandi en écoutant du hip hop et assisté à des performances de Graffiti dans l’univers parisien des années 1990 apprécient maintenant le genre en y dépensant de l’argent.

La France a des centaines d’années d’expérience dans le soutien des artistes. Des «Amérikkkains» issus de diverses disciplines créatives sont arrivés en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en quête de liberté et de réussite artistique.

 

Que penses-tu des œuvres récentes (style, technique, expression …) par rapport à tes anciennes productions ?

{QUIK}: Prenez n’importe quelle vente récente du catalogue ARTCURIAL « Urban or Street Art », on y voit une myriade d’artistes qui sont tout simplement illustrateurs, et non de vrais peintres engagés. Il n’y a pas de thème, juste de la technique. Je trouve cela très ennuyeux, tout comme de nombreux genres artistiques créés par les caucasiens. Ca manque d’âme !

Ainsi, je crée ce qui me divertit. Je ne suis pas un mouton, je suis un soldat sur le front!

 

(Lin Quik Felton – Mai 2015)

 

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