MINNESOTA STREET PROJECT: UN NOUVEAU CENTRE POUR L’ART A SAN FRANCISCO

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Depuis quelques années déjà, San Francisco est confrontée à un problème crucial: la hausse indécente des loyers. Principalement due au boom de la Tech industrie de la Silicon Valley cette hausse approche les 40% depuis 2010. De la même façon, le pourcentage d’éviction a augmenté de 38%. Certes le changement peut être bénéfique pour une ville : il induit progrès, modernisation, relance économie et prospérité… Mais ce boom de la Tech industrie ne laisse plus place à d’autres secteurs tels que les petites industries, ou l’art. Pourtant San Francisco est nationalement reconnue comme étant à la pointe en matière d’art : musées, galeries, art public, « open studio » (très populaire dans la ville) : mais pour combien de temps encore? 

Les artistes ont un mal fou à survivre dans une ville où le loyer moyen pour un studio (atelier) est de 400 dollars : un gouffre financier pour l’artiste local qui doit également se loger et débourser un loyer de base d’environ 1500 $. Mais soyons clairs, les artistes ne sont pas les seuls à subir la crise dans le monde de l’art : les galeries, même les plus établies, sont elles aussi sur la sellette.  Des galeries d’art implantées depuis des décennies (ce qui représente dans le marché de l’art américain une prouesse extraordinaire) se voient expulsées, leurs loyers augmentant de façon colossale.

Alors, le « Minnesota Street Project » est, comme déclare Deborah Rappaport, en charge de ce projet, « une vraie solution San Franciscaine, adaptée à un problème très San franciscain». (Interview avec D.Rappaport. Septembre 2015.  “It is simply a “very SF solution for a SF problem”.)

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L’idée est née il y a presque deux ans: face à l’expulsion de galeries renommées de Union Square (équivalent des galeries du triangle d’or parisien). Deborah Rappaport et son mari Andy, tous deux – déjà implantés dans le secteur de l’immobilier en ville – collectionneurs et philanthropes, décident d’agir et au plus vite pour contrer ce qui semble être un désastre imminent pour la communauté artistique de San Francisco. Sans expérience particulière en matière de gérance de galeries d’art ou autre lieux culturels, ils mettent en avant ce qui leur semble être un atout pour le projet : proposer un regard nouveau et le souffle de l’entreprise.

Le Minnesota Street Project (en référence au nom de la rue dans laquelle se situent ses locaux) voit donc bientôt le jour. L’idée est simple : regrouper des galeries d’art dans un hangar rénové et leur offrir des loyers bien en dessous des prix du marché. Le Dogpatch, quartier anciennement naval, et plus récemment hipster, reste l’endroit idéal pour un tel projet : impossible de construire des immeubles dans cette zone donc pas de compétition possible avec les promoteurs immobiliers. Basé sur un modèle « for profit » (qui aux Etats Unis se crée beaucoup plus facilement qu’un « non-profit ») le projet néanmoins n’a pas pour but premier de générer des revenus, mais bien de fonctionner sur son seuil de rentabilité.

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La philosophie de cette entreprise est évidente: San Francisco a besoin d’une scène artistique vibrante, afin de rivaliser avec d’autres capitales culturelles du monde. Le projet offre une réponse adaptée spécifiquement aux nouvelles perspectives du marché de l’art et aux besoins de la ville de San Francisco. La municipalité, ravie qu’un tel projet, totalement privé, se mette en place car sa gestion locative est  très critiquée par les administrés évincés, se réjouit de ce type d’initiative.

Le Minnesota Sreet Project sera constitué de deux hangars, situés dans la même rue, reconvertis, l’un en complexe de galeries et l’autre en studios d’artistes.

« Le complexe de galeries » se composera de 11 galeries permanentes (de 38 à 200 m2), une galerie « rotative » destinée à offrir la possibilité aux galeries locataires d’agrandir leurs espaces respectifs pour un show si besoin, et pour finir, un dernier espace galerie destiné uniquement à une collaboration avec des galeries extérieures à la Bay Area. L’idée de cet espace est d’ouvrir le Minnesota Street Project et sa communauté à des cultures différentes, nationales et internationales, en facilitant les échanges artistiques.

Un bar et un restaurant sont également prévus, ainsi que l’atrium et une « media room ». L’atrium servira de centre de conférences, d’évènements et autres manifestations liées à l’art. La « media room » est destinée à des œuvres artistiques ancrées dans le temps en plus des visionnages de films ou autres vidéos. Le deuxième bâtiment va compter environ 30 studios d’artistes.

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Dès la naissance du projet, certaines galeries ont accepté d’y participer. Puis comme Deborah Rappaport le souligne, la sélection s’est faite assez « organiquement »: certaines galeries ont été choisies par les fondateurs, d’autres se sont manifestées de leur plein gré pensant pouvoir trouver un avantage exceptionnel dans cette aventure.

C’est le cas de la galerie Bass and Reiner par exemple. Avec le Minnesota Street Project, nous espérons trouver un second envol dans une atmosphère particulièrement propice à l’innovation artistique.

Nous ne serons pas soumis, par ailleurs, aux velléités d’une ligne artistique imposée par les Rappaport, car rappelons le, ils tiennent à conserver un esprit de diversité et d’ouverture.

Alors quel est l’avenir du projet ? Comment ces fondateurs entreprenant envisagent-ils le succès complet du complexe ? Tout d’abord, il faut souligner la réelle volonté de créer un environnement ouvert ou chacun est bienvenu. Tout le monde à Minnesota Street Project peut trouver ce qu’il recherche: une conférence, une exposition, un visionnage de film… Le souhait de Deborah pour l’avenir du Minnesota Street Project est limpide : des locataires satisfaits (succès et ventes pour les galeristes, bonnes conditions de création pour les artistes) doublés de l’attraction d’un public élargi. Les visiteurs de tous bords (familles, artistes, curieux, amateurs, d’art, curateurs …) contribueront à coup sûr à la construction sur le long terme de la pérennité du projet.

L’originalité du Minnesota St. Project réside dans l’alliance d’une instance culturelle au business : les galeries sont là pour vendre certes, mais dans un dessein plus large, ravivant la curiosité artistique de toute une communauté.

Enfin même si ce schéma pourrait se calquer à toute ville, il est vrai que ce modèle audacieux colle à San Francisco qui toujours se démarque, et reste fidèle à ce qui l’a toujours boostée : essayer, innover, se réinventer.

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