Maître Arnaud Oliveux, Commissaire priseur chez Artcurial: INTERVIEW

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A l’occasion de la vente caritative organisée par Projets Plus Actions qui aura lieu au Crédit Municipal de Paris le lundi 8 juin, nous avons profité de notre partenariat avec l’événement pour aller poser quelques questions au commissaire-priseur qui dirigera la vente, Maître Arnaud Oliveux. Il s’est intéressé très tôt à l’art urbain et a permis à la maison Artcurial de s’imposer rapidement sur ce marché. Véritable spécialiste de l’urban art, il nous confie ses coups de coeur et son avis sur l’avenir du street-art. Interview.

 

Par Da Cruz (à Paris)

Par Da Cruz (à Paris)

 

{Artsper} : C’est sous votre impulsion que la maison Artcurial s’est intéressée au street-art fin 2006. A l’époque, malgré quelques expositions en galerie, c’est un genre qui attirait encore peu l’œil des collectionneurs, d’où vous est venue cette envie ?

{Mr Oliveux} : C’est une initiative personnelle et un concours de circonstance qui ont en fait lancé ces ventes. En 2000, lors de mes études, j’ai eu l’opportunité et la chance de rencontrer Da Cruz avec qui je suis devenu ami et avec lequel nous avons échangé sur l’art, l’art urbain et le marché. L’idée est venue les années suivantes de conjuguer un jour ces deux secteurs, quand l’opportunité se présenterait. Entre temps j’ai rencontré Valériane Mondot (Taxie Gallery) qui a joué un rôle important pour la découverte de ce secteur. Elle organisait des expositions dans des lieux provisoires sur le graffiti, par exemple sur le graffiti allemand (Daim, Néon, ….). C’est un petit secteur dans lequel vous finissez par croiser des personnages récurrents, artistes, collectionneurs, photographes, amateurs… pour devenir vous-même récurrent.

A l’été 2006, un petit fonds de collection venant de Monaco nous a été proposé et j’ai voulu tenter l’aventure comme un galop d’essai. Le marché était –il prêt à accueillir ces artistes graffeurs ?

JonOne, Futura, Crash ou Daze étaient présents dans cet ensemble dispersés en octobre et qui a rencontré un franc succès. Des collectionneurs étaient venus spécialement. Les enchères se sont envolées. Une vraie réussite que ce premier essai qui démontrait qu’un marché pouvait se développer sur l’Urban art. Nous avons fait un deuxième chapitre en juin 2007 dans lequel une œuvre de JonOne a fait le prix alors record de 20 000 € au marteau (près de 25 000 € avec les frais). Le marché était donc prêt et cela a donné naissance à la première véritable vente de février 2008 avec un catalogue spécifique.

 

Par Seth (rue de Julienne)

Par Seth (rue de Julienne)

 

{Artsper} : Êtes-vous collectionneur de street-art vous-même ? Si oui, avez-vous un petit coup de cœur pour le travail d’un artiste en ce moment ?

{Mr Oliveux} : Je suis effectivement collectionneur, pas exclusivement d’art urbain mais d’art contemporain au sens large. C’est compliqué de faire ressortir des noms, beaucoup d’artistes sont des amis et m’intéressent. Dernièrement j’ai apprécié l’exposition de Seth, celle de Know Hope ou le travail de Word To Mother. J’attends celle de Hopare que j’apprécie beaucoup. J’ai aussi été marqué par le travail de Cleon Peterson au Palais de Tokyo, artiste qui travaille avec Shepard Fairey. Je suis aussi tenté d’explorer le travail de Todd James (Reas) dont je regarde le travail depuis plusieurs années.

Mais beaucoup d’autres projets et noms me viennent en tête, la passion est dévorante et n’a pas de limites. Tout collectionneur vous le dira. Alors quand en plus, on baigne dans cet univers au niveau professionnel…

 

Par Know Hope

Par Know Hope

 

{Artsper} : Les maisons de vente aux enchères « classiques » telles que Christie’s ou Sotheby’s s’intéressent encore assez peu au street-art, du fait des tarifs des œuvres qui restent « abordables », sauf pour les quelques stars, comme Invader ou JonOne. Pensez-vous que cela soit amené à évoluer rapidement ?

{Mr Oliveux} : Leur politique est d’inclure certains artistes dans des ventes d’art contemporain. J’avoue ne pas avoir d’avis sur ce point. Cela dépendra d’une volonté de créer ce créneau spécifique.

 

{Artsper} : Pensez-vous que le public des ventes aux enchères de street-art soit différent de celui des ventes aux enchères classiques ?

{Mr Oliveux} : Je ne pense pas qu’aujourd’hui il soit si différent et il l’est de moins en moins. De nombreux collectionneurs d’autres secteurs arrivent sur l’Urban art et certains de l’urban ont un champ plus vaste qu’auparavant. Le succès est dû aussi à ce renouvellement et cette arrivée de nouveaux amateurs.

 

4 - artcurial

 

{Artsper} : Pour votre dernière vente de street-art chez Artcurial le 4 février dernier, vous aviez 200 enchérisseurs en ligne sur « Artcurial live bid » pour 400 personnes en salle. Que pensez-vous de l’importance croissante du marché de l’art sur internet (le dernier rapport Hiscox prévoit 6,3 milliards de $ pour 2019) ? Et du projet Artsper ?

{Mr Oliveux} : Le live a pris ces dernières années une place plus importante dans le monde des enchères. Nous l’utilisons comme un vecteur pour les enchères. Cela a un aspect effectivement pratique. Je pense cependant que le marché de l’art sur internet ne supplantera pas vraiment le marché des enchères plus classiques. Il joue et jouera un rôle important certes mais les collectionneurs et amateurs ont besoin d’un rapport direct avec l’œuvre. Les salles sont plus que pleines pour les ventes Urban malgré un live très important. Tout est question de savoir créer un « event », qui donne envie aux gens d’être là, de sentir l’ambiance, de la respirer. Une vente peut être un moment qu’on veut suivre physiquement. Des secteurs comme le vin, les multiples se prêtent mieux aux ventes en live.

L’expertise sera aussi un élément décisif.

Le projet Artsper est intéressant mais je ne suis pas sûr qu’il s’adresse au même type d’acheteurs ou de collectionneurs. Certains collectionneurs ont besoin d’un rapport direct avec un professionnel, d’un échange physique, au feeling, d’une quête même. Les stocks, les expositions amènent la réflexion.

N’oublions pas aussi que certains amateurs et collectionneurs viennent aux enchères pour le frisson, l’adrénaline, l’excitation. C’est aussi ce processus qui importe.

Parfois et souvent, tout ce qui entoure l’acte d’achat est plus important que l’achat lui-même. C’est ce que je veux signifier dans le besoin d’un rapport direct…

 

{Artsper} : Qu’est-ce qui vous a convaincu de participer à une vente telle que celle organisée par Projets Plus Actions ?

{Mr Oliveux} : La rencontre avec Jean-Marc Civière et Vincent Bommarito. Ils ont su me convaincre de les suivre dans la première opération. Elle avait rencontré un succès mitigé pour certaines œuvres, car les artistes étaient peu connus pour certains, et le support pas toujours évident. Cette deuxième opération s’annonce sous de bons auspices à la vue des premières œuvres que j’ai pu entrevoir. De très bons artistes comme Bom.K par exemple que j’aime beaucoup.

 

Collaboration Bom.K & Liliwenn

Collaboration Bom.K & Liliwenn

 

{Artsper} : Si vous avez déjà eu un aperçu des œuvres réalisées par les artistes pour les ventes, avez-vous eu une idée de celle qui fera le plus monter les enchères ?

{Mr Oliveux} : On peut penser que les noms bien placé sur le marché seront convoités. Je pense à Speedy Graphito ou Jacques Villeglé. Comme je viens de le dire, Bom.K a fait deux très belles œuvres et devraient aussi susciter l’envie.

 

Rendez-vous le 8 juin prochain au Crédit Municipal de Paris pour la vente aux enchères caritative de street-art organisée par Projets Plus Actions!

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