LES ARTISTES CONTEMPORAINS QUI REVISITENT LES CLASSIQUES

Non classé - -

On dit souvent que l’art contemporain est le reflet de son époque, or notre époque se nourrit du passé et la table rase artistique totale n’existe pas, ou si peu.

Il n’est pas un artiste qui ne se prévale d’un grand maître ou d’une inspiration classique à la source -même lointaine- de son œuvre. Cependant certains creusent plus que d’autres le dialogue entre moderne et classique. Qu’ils traitent de sujets classiques avec des techniques éminemment contemporaines ou, inversement, qu’ils abordent des sujets contemporains avec des techniques classiques par excellence, les sept artistes que nous avons choisi revisitent l’ancien par le moderne et créent un dialogue unique avec l’histoire.

{1.PATRICK NEU}

img_6025-med

Patrick Neu, récemment mis à l’honneur par le Palais de Tokyo, est un artiste discret qui recourt à des matériaux fragiles et peu conventionnels comme la cire d’abeille, la suie, ou encore des ailes d’insectes.

Avec sa série de verres et d’armoires carbonisés, Patrick Neu rend un hommage saisissant aux chefs d’œuvres du passé. Sur la paroi de verres à pied ou sur des vitres d’armoires noircies à la bougie, l’artiste reproduit avec une minutie rarement égalée des scènes classiques de l’histoire de l’art : Les demoiselles des bords de seine de Courbet, L’enlèvement des sabines de David ou encore Le tigre au milieu d’une tempête du Douanier Rousseau.

Patrick Neu reprend donc à son compte une iconographie éminemment classique avec des matières fragiles et éphémères. D’apparence enfumées et crasseuses, les verres et les oeuvres qu’ils portent se révèle dans toute leur minutie et complexité quand le spectateur se rapproche. C’est alors un monde de détails qui apparait et disparait en fonction de l’angle sous lequel on les regarde.

 

{2. MAT COLLISHAW}

Gary Miller

Gary Miller, 2011

Mat Collishaw est un artiste britannique lancé par « Freeze », l’exposition de Damien Hirst organisée en 1988. L’artiste utilise aussi bien la photographie que les installations, la peinture ou la vidéo.

L’œuvre de Matt Collishaw interroge notre rapport à l’image : sous les dehors d’une beauté plastique attirante, l’artiste représente une réalité ambiguë et dramatique. Il joue ainsi avec les différentes lectures du réel.

Pour sa série Last meal on Death Row, Mat Collishaw  reprend le genre multiséculaire de la nature morte classique pour représenter les derniers repas de prisonniers condamnés à la peine de mort. L’artiste a choisi un nombre limité de menus -souvent incongrus- et les a disposé à la manière classique des tableaux de vanité du XVIIème, dont le sens symbolique était de représenter l’éphémérité de la vie et la futilité des plaisirs. Sous des dehors visuellement plaisants, la réalité qui se cache derrière ces natures mortes est l’imminence de la mort. En creux se trouve également le portrait d’un prisonnier ayant commis des crimes souvent effroyables.

 

{3.KEHINDE WILEY}

PA08-006_FemmePiqueeParUnSerpentFramed1-1024x376

Down, 2008

Kehinde Wiley est un artiste américain d’origine nigériane qui pare ses modèles afro-américains des atours des royautés du XVIIIème siècle sur des fonds de tapisseries tirées tout droit de Versailles. Imprégné de la technique des grands maîtres classiques jusqu’aux bouts des doigts et de la culture hip hop, Kehinde revisite le portrait classique à la David, Titien ou Van Dyck avec des sujets ultra-contemporains : sans quitter leur baggy ou leur jogging, ses modèles adoptent des postures altières.

La force de sa démarche est de faire s’entrechoquer deux cultures et deux époques et d’introduire la culture de la rue dans le genre du portrait historique façon cours de Louis XIV.

 

{4.CONOR HARRINGTON}

Harrington_2013ElCaminoMural

Conor Harrington est un artiste irlandais qui combine avec brio le réalisme de la peinture classique et les codes du street art. Puisant son inspiration chez les peintres de la Renaissance, Conor Harringon manie l’art du contraste en reprenant des sujets historiques avec un style hypermoderne. L’artiste réinterprète les guerres du passé sur les murs de nos villes modernes. Pour lui, le passé nous parle du présent et nous sommes sans cesse rappelés par notre histoire. Pour réaliser ses muraux gigantesques et ses toiles, il photographie ses modèles après les avoir mis en scène, parfois même en costume d’époque, ou s’inspire d’images de reconstitutions historiques.

{5.GUILLAUME BRESSON}

Lacen-Bresson-06G

Sans titre, 2007

Guillaume Bresson a fait une entrée fulgurante dans le monde de l’art il y a quelques années grâce à une approche picturale résolument anachronique. Ses toiles sont reconnaissables parmi cent : de grands formats, elles appliquent une technique classique maîtrisée à la perfection à des scènes ultra-modernes. De facture classique, c’est aussi la gestuelle et la composition de ses tableaux qui rappellent le Titien ou le Caravage. Cependant les banquets d’autrefois et les étoffes précieuses laissent ici la place aux restes de fast-food, aux survêtements Adidas et aux habitants des banlieues.

Guillaume Bresson ne fait pas qu’emprunter la technique des grands maîtres, il noue également des liens subtiles avec les chefs d’œuvres du passé : sa scène du McDo évoque notamment les pèlerins d’Emmaüs.

Souvent empreintes d’une atmosphère lourde et solennelle, les œuvres de Guillaume Bresson contribuent à créer une véritable mythologique urbaine contemporaine.

 

{6. FINTAN SWITZER}

6827003546_46fac33b80_k

Ce jeune artiste irlandais associe également portrait traditionnels et pratique du street art. Ses œuvres sont de facture classique mais jouent également avec la mise en scène puisqu’elles s’inscrivent dans un cadre classique aux enluminures dorées.

Le sujet moderne sort cependant de ce cadre et l’œuvre est souvent laissée à un stade inachevé, ce qui brouille également les codes du genre. Ses sujets de prédilection sont les conflits et les révolutions.

 

{7. FLORENCE D’ELLE}

Eurydice

Eurydice

Florence D’Elle est une artiste belge autodidacte qui photographie presque exclusivement des sujets féminins. Les femmes que l’artiste photographie, modèles amateurs, femmes complexées ou sûres de leur corps, sont une des facettes de ce que Florence D’Elle appelle la « Femme Universelle ». Cette femme a des formes et des fantasmes, elle est mystérieuse et envoûtante à la fois.

Avec sa série « Re-Birth », l’artiste prend en photo des femmes de tous types physiques dans des mises en scène et une palette chromatique ultra-classiques. En mettant côté à côte des corps sculpturaux ou au contraire marqués par le temps, Florence D’Elle interroge la notion de beauté ainsi que notre rapport au corps.

Ses corps imparfaits et hors des canons esthétiques actuels rappellent les femmes de Rubens et sont empreints d’une grande humanité.

 

Partager cet article :

1 Commentaire


charlotte L

Publié le 04 décembre 2015, 09h16

Belle selection mais il manque ARDPG, présent sur votre site, et qui fait un superbe travail de contraste entre deux époques artistiques!!!! J’adore!!

Laisser un commentaire