Décryptage de 3 oeuvres à Paris Photo

Rencontres - -

À l’occasion de Paris Photo, Artsper vous propose de faire le point sur 3 oeuvres exposées pour décrypter leurs secrets… Trois photographies, trois ambiances ! 

 

 

« Woman in Bathroom » par Gregory Crewdson 

 

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Au fond d’un court couloir, dans une salle de bain éclairée par deux lampes, une femme nue se tient devant son miroir. Elle détourne légèrement la tête de son reflet. Deux miroirs communiquent et nous dévoilent dans les reflets la pluralité de son corps et de son visage. A travers la lumière qui s’infiltre par la vitre, on s’imagine une froide journée, teintant de bleu les meubles pour un monde glacial et impersonnel. Au centre des encadrements des portes presque en mise en abîme, on ressent la chaleur douce des lumières qui n’enlèvent pourtant rien à la raideur et à la translucidité du corps. Nonchalante, la femme semble désemparée, calme, dans une routine. Elle paraît attendre un destin qui lui a été promis. Désinhibée, désabusée, elle observe son double reflet, deux silhouettes se faisant dos, sa condition américaine peut-être inexorable, sa réalité et ses désirs, lointains…

 

C’est ainsi que le photographe Gregory Crewdson aime dépeindre des atmosphères mystérieuses. En rassemblant un ensemble de décors et de matériaux dignes de tournages de films, il capture des ambiances qui posent les limites du rêve américain. Son travail, incroyablement esthétique et onirique recrée une iconographie propre à lui, et s’éprend à capturer les moments de grande solitude. Souvent comparé à Edward Hopper, il met en oeuvre tous les moyens techniques pour créer l’atmosphère désirée dans les villes de la Nouvelle-Angleterre…

 

Exposant : Galerie Templon

 

« The leaning tower of Pisa, Pisa, Italy » par Martin Parr

 

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Pise, une des villes les plus touristiques d’Italie. Des visiteurs s’amusent à créer l’illusion et soutenir ou pousser la tour pour prendre une photographie souvenir. Un rituel auxquels beaucoup de touristes se prêtent. Ici, la prise de vue ne flatte pas l’illusion et le décalage souligne toute l’absurdité de la situation. Et pourtant, chaque protagoniste semble mettre du coeur à l’ouvrage en imaginant prendre un cliché unique.

Martin Parr a dédié une longue série de photographies au tourisme de masse, capturant systématiquement l’ironie et l’humour grotesque qui se dégagent de ces situations presque désespérantes. A travers une composition parfois agressive et un recours aux couleurs criardes, il met en lumière les incohérences humaines. Ses oeuvres mettent également en évidence le vide, l’absence de discussion, d’inventivité, et d’originalité. Un retour à la réalité brutal qui engendre une grande remise en question sur les pratiques dénuées de réflexion et de bon sens qui marquent la société actuelle.

 

Exposant : Stephen Daiter Gallery

 

« Falling astronaut » par Katrin Koenning

 

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Au beau milieu du néant, un astronaute succombe à une chute infinie… Seul, en sur-brillance, il se confronte au vide absolu, mais il se confronte aussi à tout. À tout ce qui est absent et qui pourrait être présent, à toutes les pensées et les projections qui pourraient se loger dans ce vide, à tout l’imaginaire qu’on pourrait déployer de ce point 0. Son corps se greffe à ce fond noir telle une particule de l’univers, il nous aveugle et nous intrigue. Qui se trouve derrière cette lumière éblouissante ? Il s’agit peut-être d’un individu auquel nous pourrions tous nous identifier quand nous sombrons dans les sublimes abysses de l’obscurité et de la solitude pour nous rapprocher de nos interrogations insolubles.

 

Exposant : East Wing

 

 

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