Comprendre la théorie des couleurs

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Les pigments ont été inventés il y a environ 40 000 ans. A leur époque, les égyptiens utilisaient déjà une palette de 6 couleurs : le blanc, le noir, le bleu, le rouge, le jaune et le vert. Au Moyen Age, le bleu était hautement prisé car couteux. Désormais, il existe toute une pensée autour de la psychologie des couleurs. Naturellement, au fil des siècle et des mouvements artistiques, les couleurs et leurs usages ont nettement évolué. Au même titre que la ligne, l’espace, la forme et la texture, la couleur est un élément visuel qui constitue une oeuvre d’art. Cela explique pourquoi les artistes et théoriciens se sont autant interrogé sur son sens et sa place… Voici quelques clés pour comprendre la (ou les) théorie qui a pu émaner de ces réflexions.

 

Parce qu’on a longtemps cru que toute couleur perceptible pouvait être recréée à partir des couleurs primaires, à savoir le rouge, bleu et jaune, la théorie des couleurs s’est initialement basée sur ce fameux trio. Le poète allemand Jonathan Wolfgang von Goethe est le premier à conceptualiser autour de la couleur bien que ce soit à Isaac Newton que l’on doit la roue de couleurs, qui comporte les couleurs primaires et 3 ou 4 couleurs secondaires selon les versions. D’après Goethe, ces couleurs sont composées à la fois de lumière et d’ombre tel que « le jaune est une lumière humectée par l’obscurité; le bleu est une ombre affaibli par la lumière ». A l’inverse de Newton, Goethe établit une théorie des couleurs, certes plus psychologique que physiologique, mais qui s’appuie sur l’expérience de la couleur par l’oeil (et non par rapport à la composition de la lumière).

La roue des couleurs selon Goethe

La roue des couleurs selon Goethe

Avec Traité des couleurs (1810), Goethe inspira ses homologues peintres qui avaient jusque là dégagé des règles concernant tous les éléments visuels classiques d’un tableau sauf la couleur. L’artiste Wassily Kandinsky, qui lui aussi apporterait une analyse capitale de la couleur, cite ce livre comme « un des travaux les plus importants ». Cependant, bien avant, ce furent les Impressionnistes qui nous donnèrent quelques leçons sur l’essence de la couleur et comment mieux la capturer.

En effet, les Impressionnistes ont révolutionné l’usage et la perception de la couleur en allant notamment à l’encontre de l’idée que l’effet d’ombre pouvait être reconstitué en fonçant la couleur de l’objet en question. En peignant des mêmes paysages à différents moments de la journée, ils mirent à l’épreuve leur hypothèse que la meilleure représentation de l’ombre était non pas faite de couleurs plus sombres mais plutôt complémentaires de celle de l’objet illustré. Ainsi, ce mouvement artistique instaura une représentation tout à fait nouvelle de la lumière et de la couleur. Se concentrant sur ces 2 éléments au détriment de la composition, Claude Monet, Edgar Degas et leurs semblables élargirent considérablement le champ des possibles, s’aventurant vers des couleurs beaucoup plus vives et des mélanges inédits.

Claude Monet - Rouen Cathédrale, 1894

Claude Monet – Rouen Cathédrale, 1894

Dans leur profonde croyance du pouvoir d’expression émotionnelle de l’art, les Expressionnistes et en particulier le groupe du Cavalier Bleu avec Kandinsky à sa tête, ont exploré l’effet des couleurs sur l’homme. Dans Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier (1911), Kandinsky affirme que la véritable mission de l’art est d’ordre spirituel et élabore une sorte de grille de lecture des couleur. Il attribue ainsi des émotions et sonorités à 10 couleurs parmi lesquelles il estime que le jaune et le bleu sont opposés, à l’image du noir et blanc. Ainsi, « le bleu profond attire l’homme vers l’infini, il éveille en lui le désir de pureté et une soif de surnaturel. » Dans sa recherche d’abstraction, Kandinsky a produit des peintures qui ressemblent effectivement à des mélodies, et inspirent des mouvements de l’âme certains.

Quelques décennies plus tard, le bleu connaitrait un autre grand admirateur : Yves Klein. L’histoire de l’art, elle connaitrait de fait une nouvelle couleur : le International Yves Klein Blue. L’artiste français peigna plus 200 peintures monochromes bleues et se distingua comme la figure du proue de ce nouveau courant artistique qui consistait à réduire la peinture ou la sculpture à sa forme la plus simple. Selon Klein, cela permettait à la réalité invisible de nous apparaître, tel que du vide d’un monochrome surgisse toute la force de l’imagination. A noter que le Carré blanc sur Fond blanc de Kasimir Malevitch (1918) aura été précurseur de ce mouvement où seuls les éléments purement physiques de l’oeuvre sont soumis au regard.

Yves Klein durant le tournage du film "The Heartbeat of France" dans l’atelier du photographe Charles Wilp, Düsseldorf, février 1961 © Photo Charles Wilp / BPK, Berlin

Yves Klein durant le tournage du film « The Heartbeat of France » dans l’atelier du photographe Charles Wilp, Düsseldorf, février 1961 © Photo Charles Wilp / BPK, Berlin

Aujourd’hui, la couleur reste en partie un mystère pour les artistes… qui continuent à se poser des questions sur sa valeur et son rôle dans l’art. L’oeil humain étant capable de percevoir jusqu’à 10 millions de couleurs différentes, une chose est certaine : la question de la couleur est encore loin d’être close !

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