AKAA / Also Known As Africa — ENTRETIEN AVEC VICTORIA MANN

Rencontres - -

Du 11 au 13 novembre, le salon d’art contemporain et de design AKAA pour Also Know As Africa, centré sur l’Afrique, s’installe au Carreau du Temple. Les 29 exposants présenteront tout médiums confondus, peintures, sculptures, œuvres sur textile, arts numériques, performances et photographies.

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Rencontre avec Victoria Mann, fondatrice et directrice d’AKAA..

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V.MAnn 2

 

{A} 13 galeries sur les 29 exposants viennent d’Afrique.
Comment les avez-vous sélectionnées et comment avez-vous organisé leur venue à Paris?

V.M : A la création de cet évènement, je voulais absolument que des galeries d’Afrique soient présentes sur la foire. Ces galeries se battent pour leurs artistes et font un travail incroyable. La galerie Addis Fine Art par exemple est la seule galerie d’Addis, or depuis son ouverture il y a à peine 10 mois, elle participe déjà à sa quatrième foire.
La sélection et la venue sont deux choses très différentes.
La première étape, c’est-à-dire de sélection, fut d’aller à la rencontre de galeristes, de leur expliquer le projet et le type de visibilité que nous pouvions leur apporter à un niveau international, qu’il s’agisse d’eux comme des artistes qu’ils représentent. Il a fallu susciter l’intérêt d’un maximum de personnes et les convaincre de déposer une candidature pour participer à la foire.
Ensuite, une nouvelle étape est confiée à un comité de sélection chargé d’analyser les candidatures et de sélectionner les exposants. Notre comité de sélection à AKAA est composé de 4 personnes : deux galeristes et deux curateurs commissaires d’exposition : Dominique Fiat de la galerie parisienne éponyme et Elisabeth Lalouschek directrice artistique londonienne de October Gallery, Azu Nwagbogu directeur du Lagos Photo Festival au Nigéria ainsi que le commissaire et critique Simon Njami qui a été en charge cette année de la direction artistique de la Biennale de Dakar. La diversité de notre comité de sélection et son caractère cosmopolite a permis à AKAA de bénéficier à la fois de l’approche du marché de l’art et du monde institutionnel.
Enfin, il reste les questions liées au transport et à la logistique. Ce sont des budgets colossaux pour beaucoup de galeries, qu’alourdissent les taux de changes. Nous avons déployé tous nos efforts notamment en sponsoring pour rendre leur présence possible.

 

{A} Avez-vous pensé l’organisation et la présentation de AKAA sous un angle particulier, ou bien le fait qu’il s’agisse de la première foire d’art contemporain dédiée au continent africain suffit-il à particulariser et structurer la foire?

V.M : L’angle justement est qu’il ne s’agit pas d’une foire d’art contemporain africain ; c’est une foire d’art contemporain centrée sur la thématique de l’Afrique. La nuance est très importante, elle a été motrice et structurante tout au long de cette aventure. AKAA n’est pas qu’une place de marché, c’est aussi un évènement qui propose une vision « plus moderne » de l’Afrique qui se débarrasse de l’étiquette « Afrique », pour ne pas enfermer les artistes exposés en les plaçant dans des boîtes délimitées par les contours d’un continent. L’Afrique dont nous parlons est sans frontière, plurielle, elle est diverse et universelle. Les artistes que nous exposerons peuvent vivre et travailler sur le continent, à l’est ou à l’ouest, au nord ou au sud, comme ils peuvent être issus de diasporas africaines, récentes ou anciennes : artistes afro-brésiliens, afro-caribéens, afro-américains qui travaillent sur des questions d’héritage, d’histoire et de revendication d’identité… Et également, des artistes de toute autre nationalité, dont l’œuvre est en lien avec l’Afrique.

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{A} L’actualité turque, notamment les tensions politiques, a conduit à l’annulation de plusieurs évènements majeurs de la scène artistique turque. Contemporary Istanbul est l’un des rares évènements à être maintenu.
Quelle place peut occuper en Afrique l’art au travers duquel on peut percevoir une forme de subversion, étant donné les contextes politiques?

V.M : Je pense que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui nous confronte où que nous soyons à la violence. Bien sûr que c’est difficile. Mais à Istanbul ou à Lagos comme à Paris. En dehors des victimes et de la douleur, ces attaques perturbent également nos économies. Des foires à Paris n’ont pas été reconduites, il y a des réductions d’effectifs, de budget. C’est une réalité face à laquelle nous ne pouvons pas rester inerte. Défendre la culture, promouvoir des artistes, c’est défendre et promouvoir la liberté d’expression. L’art est le symbole même de la liberté d’expression. Il faut continuer à agir. Si ce ne sont pas des armes qui nous débarrasseraient de ces menaces, au moins ces actions sont-elles une façon de clamer qu’aucune de ces menaces ne nous auront fait taire.
Le travail que nous faisons mêle alors la passion à une forme de militantisme pour créer un espace où la culture rayonne. Je pense que la culture a le même effet que l’éducation : ce sont des remparts contre la terreur qui se nourrie de l’ignorance et de la misère. S’il y a des fermetures, certains se relèvent, bâtissent à nouveau autre chose et continuent à y croire.

 

{A} Derrière le continent africain se niche une multitude de diversités culturelles régionales, nationales, mais également ethniques, tribales et claniques.
Comment promeut-on la scène artistique africaine compte-tenu de cette diversité?

V.M : C’est là où cette nuance dont je parlais est fondamentale pour promouvoir cette diversité. Si l’on parle d’art contemporain africain, on réfère presque à l’Afrique comme à un pays. En parlant d’art contemporain d’Afrique, on insinue une multitude de possibilités, de destinations et de cultures qui dépassent les frontières.
Nous sommes entrés dans un nouveau paradigme où les pays du nord ne sont plus seuls à regarder l’Afrique. C’est une dynamique de regards croisés, d’artistes contemporains et internationaux, mobiles, qui voyagent au grès des collaborations, résidences, projets… Les choses ne sont plus aussi figées. Et des outils comme Instagram ou Facebook servent véritablement à ces artistes, pour partager leur création et de l’information.
Avec AKAA, nous créons une plateforme qui célèbre la diversité et non l’Afrique seulement. C’est une diversité, au travers du thème de l’Afrique.

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{A} Comment peut-on en Occident appréhender l’art africain en évitant l’écueil de l’ethnocentrisme, c’est-à-dire sans verser dans une vision qui confinerait la lecture de ces œuvres à l’exotisme?

V.M : En sortant de ce discours. C’est vraiment ce que nous cherchons à faire. Ce sont des termes que je n’ai plus envie d’utiliser. Il me semble que la notion d’exotisme est obsolète aujourd’hui. Qu’est-ce qui demeure exotique dans un monde où il n’est plus question d’un regard, mais de regards croisés? Partout dans le monde, des têtes se tournent vers l’Afrique et la regarde, mais c’est aussi l’Afrique qui regarde le monde.
AKAA est non seulement une plateforme commerciale pour la vente d’œuvres d’art, mais elle est aussi une plateforme de dialogues et de rencontres. Pendant AKAA, nous avons toute une programmation de conférences pour stimuler ces échanges, et nous comptons bien réunir les conditions pour que spontanément, des rencontres et des échanges se fassent autour des artistes présentés.

 

{A} Le moule de l’art contemporain n’est-il pas trop uniformisant pour s’appliquer à l’art exposé à AKAA?

V.M : N’y a-t-il a pas a contrario, rien de moins uniforme que l’art contemporain? Evidemment il y a des tendances, des acteurs qui font la pluie et le beau temps, mais les règles académiques et les codes de création qui régnaient à l’époque se sont estompés. Ce qui est déterminant aujourd’hui ce ne sont plus ces règles, mais de savoir qui s’est fait repérer par qui : par quelle galerie, par quel collectionneur ?
Beaucoup de choses m’émeuvent dans le travail des artistes que nous allons présenter. Ils sont contemporains, internationaux avant toute autre chose, et je pense justement que cela répond à une quête de renouveau par le public. D’ailleurs, le succès d’évènements portés par une ligne artistique similaire le confirme.

 

{A} L’émergence de l’art africain sur le marché européen permet-il également l’émergence ou la fortification d’un marché de l’art africain ?

V.M : Peut-on encore parler d’un marché de l’art occidental et d’un marché de l’art africain ? Non, le marché de l’art est international, il génère une économie absolument phénoménale. Nous avons des artistes de toute part, qui sont intégrés à ce marché de l’art : européens, américains, africains… Des artistes comme El Anatsui, William Kentridge se vendent à des sommes très importantes aujourd’hui !
Parallèlement, il y a effectivement un marché qui émerge sur la scène africaine. C’est important qu’il y ait des boosts, comme le focus sur l’Armory Show à New York, la rétrospective sur Seydou Keita au Grand Palais, ou l’exposition sur l’Afrique du Sud à la Fondation Vuitton. C’est important qu’il y ait des initiatives comme la nôtre, qui assurent la pérennité de ces marchés à l’international. Comme il est important que des structures artistiques se développent dans les pays dont ces artistes sont originaires, comme la fondation Zinsou, la Biennale de Dakar, le Lagos Photo Festival, les foires d’Afrique du Sud, mais aussi l’ouverture de galeries à Addis, Nairobi, Abidjan ou Douala.
Il y a quelque chose de passionnant quand on parle de marché émergent : un marché émergent ne se cantonne pas aux artistes émergents. Ces structures vont aboutir à la formation de nouvelles générations de collectionneurs. De collectionneurs émergents pour qui ce jeune marché de l’art est encore abordable. Il y a une forme d’effervescence qui se crée, qui va porter cette scène artistique contemporaine d’Afrique au même niveau que les autres scènes contemporaines. Ca n’est pas le marché occidental qui va soulever le marché africain. Il existe simplement un marché international et différentes scènes artistiques en Afrique sont en train de le gagner.

 

{A} En fonction de l’issue de l’édition 2016, quels projets mèneriez-vous pour 2017?

V.M : La deuxième édition bien sûr !
Le premier objectif est de pérenniser l’évènement. Ce sont de gros budgets et ça n’est pas facile. Je concentre mes ressources actuelles sur le renforcement et la stabilisation des éditions futures. Je créé un rendez-vous annuel pour cette scène contemporaine d’Afrique à Paris.
Ensuite, cette année nous avons planifié toute une programmation culturelle depuis l’annulation de l’édition 2015. Je voudrais maintenir cette programmation et la développer. Une foire finalement, c’est éphémère. Trois ou quatre jours et après terminé. Cette programmation est une belle manière pour nous de faire vivre AKAA et le message que nous portons en réfléchissant à des évènements ponctuels, reliés parfois à de grandes manifestations comme les rencontres d’Arles, la Biennale de Venise…
Et puis à terme, bien sûr, nous avons l’ambition d’exporter la foire. Aujourd’hui en revanche, il est trop tôt pour en parler. Il faut que AKAA à Paris marche et marche bien pour que nous puissions y songer.

 

Un audio-guide sera disponible pour visiter la foire et sur le site internet pendant 1 an !

 

Il y a une attente de nouveauté du côté des artistes, mai aussi du côté des évènements. En tant qu’organisateurs, nous devons relever les défis de l’innovation, être précurseurs.

Cette année, nous avons développé un projet qui est un test inédit : un audioguide (qui est d’habitude un outil muséal) sur la foire. Nous cherchions un moyen de mettre en avant la direction artistique de la foire

Nous avons eu l’idée avec Salimata Diop (directrice de la programmation culturelle) de créer un parcours audio en sélectionnant une œuvre par stand que nous commenterions. Salimata a donc fait un immense travail d’entretien et d’interview à raison d’un artiste par stand. C’est un commentaire qui pousse à la réflexion. L’audio-guide sera accessible sur smartphone de deux manières :
– un QR code pour ceux qui ont une application QR code qu’il suffira de scanner pour lancer le commentaire audio,
– en se rendant sur le site de la foire et en cliquant sur l’onglet « audio-guide ».

C’est aussi une façon de faire vivre la foire au-delà de trois jours : l’audio-guide sera disponible dès l’ouverture de la foire jusqu’à l’édition prochaine. Donc toute l’année, 27 œuvres pourront être vues et écoutées sur notre site par les visiteurs.

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Diapositive1

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Consultez les infos pratiques pour vous rendre à AKAA en cliquant ICI.

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Prolongez votre expérience du salon avec une sélection de galeries exposantes à AKAA et partenaire d’Artsper !

CHRIS MORIN-EITNER - Paris New York

Chris Morein-Eitner — Paris – New York

Galerie W

Elle exposera à AKAA les œuvres de l’artiste Chris Morein-Eitner.

KAMEL YAHIAOUI - Enfant Soldat

Kamel Yahiaoui — Enfant Soldat

Galerie KO21

Elle exposera à AKAA les œuvres des artistes Nu Baretto, Gastineau Massamba, Kamel Yahiaoui et Yuri Zupancic.

 

FRANCK LUNDANGI - untitledFrank Ludangi — Untitled

Galerie Polysemie

Elle exposera à AKAA les œuvres des artistes Frederic Bruly Bouabré, Frank Ludangi et Dominique Zinkpè.

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