Chronique d’exposition : Bill Viola au Grand Palais

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La rétrospective Bill Viola au Grand Palais, la première en France, est de celles où l’on devrait venir avec son oreiller. Par parce que l’on s’y ennuie, bien au contraire, mais parce qu’on voudrait pouvoir y passer des heures, et que les chaises ont déserté l’établissement. Pas farouche pour un sou, Artsper s’assoit par terre pour vous raconter le maitre de l’art vidéo.

« Si les portes de la perception étaient ouvertes, alors tout apparaitrait tel quel – infini ». William Blake

Pour cette première rétrospective, Le Grand Palais a vu les choses en grand, et c’est tant mieux. Plus de 20 vidéos, des heures d’images, 5 écrans géants, un dispositif hollywoodien à la hauteur de l’événement.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le silence de cathédrale. Le public, subjugué, reste muet. Ecran noir. L’exposition est plongée dans l’obscurité, entrainant une perte de repères visuels et auditifs. Le moins de texte possible, pour ne pas troubler le cheminement intellectuel. Quatre décennies de vidéos, et une scénographie magistrale et discrète qui prend en compte non seulement le regard mais le corps du spectateur tout entier. 

La première vidéo, the Reflecting Pool, montre un manège troublant autour d’une piscine. Déjà tout est dit. Chez Viola, les thèmes sont récurrents : l’eau, omniprésente, le feu, révélateur, les rêves, troublés, la mort, inéluctable.

Transcendance et renaissance. Deux refrains mystiques chers à Viola. Par le feu et par l’eau, l’homme se cherche, meurt pour mieux renaitre, surpasse ses frontières pour accéder, un instant, à l’infini.

L’artiste  convoque un corpus d’images digitales qui s’inscrivent dans la grande histoire de l’art classique. Il y a du Goya dans la salle qui présente The Sleep of Reason, une oeuvre qui montre un homme et une femme endormis. Leur sommeil, puis notre calme,  sont pertubés par la projection simultanée sur 3 murs d’images furtives et troublantes, reflets de leurs rêves. Au loin, le bruit d’une vidéo d’un homme qui retient son souffle jusqu’à l’apoplexie, et pousse enfin un râle de soulagement. Sueurs froides et sursauts, les sens sont aux aguets. L’homme est vivant, mais la vie ne l’emporte pas toujours chez Bill Viola. Dans Ascension, l’inconnu qui se jette dans l’eau coule dramatiquement pour finir par disparaître totalement du cadre. Noyé. 

Le saisissant polyptique Going Forth by Day forme une fresque murale qui écrase le spectateur, incapable de tout regarder en meme temps, promenant son regard d’écran en écran pour surprendre une cascade déferlant d’un immeuble, un homme s’élevant au dessus de l’eau, une procession lente et obssédante comme une litanie. Aussi beau que les murs de Saint Francois d’Assise par Giotto.

Au sein de l’exposition Viola, votre montre devient encombrante et lourde, un fardeau. Ici, le temps ne s’écoule pas de la même façon que dehors. Ralentit à l’extrême, il nous permet de réapprendre à prendre le temps de regarder, d’apprécier, de décortiquer. Si devant une toile fixe l’œil à tendance à  se lasser, impossible devant les tableaux mouvants de Viola.

Toutes les vidéos méritent une attention soutenue, tant Viola aime à parsemer ses œuvres de détails insolites, mais la plus bouleversante est sans conteste la double vision projettée sur un écrant géant de 5 mètres, tout en eau d’abord avec Tristan’s ascension, suivi d’une projection enflammée, Fire Woman.  Une expérience troublante, poignante, qui remue l’esprit et les entrailles. Hypnotique jusqu’au vertige. Le son crépitant des flammes se mèle à celui des cataractes d’eau, et l’on se prend à rêver d’éternité, à toucher du doigt le sublime et l’absolu.   

Le dernier polyptique de l’exposition, The Dreamers, montre des visages anonymes noyés sous une eau claire et limpide. Claustrophobique par empathie, on respire plus fort, plus vite. Le souffle coupé, le spectateur sort ivre d’images, noyé dans une léthargie digitale, reposé mais stimulé. Même après des heures de vidéos, le goût du trop peu. Bill Viola est un génie absolu, au même titre que Michel-Ange ou De Vinci. Il a simplement une caméra à la place du pinceau.

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