7 choses à savoir sur Marcel Duchamp

Focus - -

Marcel Duchamp, le cérébral. A la source de son oeuvre réside un processus intellectuel sans précédent dans l’Histoire de l’art. Rejeter « l’art en tant qu’art », redéfinir le perspectivisme, désacraliser l’objet, prôner le concept, générer l’aléatoire… autant d’exercices réalisés par l’iconoclaste, dissident, prophète et pionnier de l’avant-garde.

Artsper vous offre 7 clés de compréhension de son art.


#1 
Sa signature donne naissance au geste artistique comme œuvre d’art

sign

Marcel Duchamp, ‘Autoportrait,  signature’, 1964


Nom : MARCEL DUCHAMP (1887-1968)
Originaire : BLAINVILLE – CREVON, SEINE MARITIME
Signature : R.MUTT
Pseudonyme : RROSE SÉLAVY
S’auto définit  : ANARTISTE


Marcel Duchamp s’intéresse à la fonction de la signature dans l’art et de sa capacité à assigner une œuvre d’art en tant que telle. Par ce processus, il s’empare de sa valeur et de son influence pour ériger un urinoir en objet muséal par la mention « R Mutt ».

 

#2 Dandy, dadaïste ou dissident

portrait_duchamp_20140916163736_20140916163758

Marcel Duchamp, ‘Roue de bicyclette’, 1913,  © ina

Sans être «  un dynamiteur de la société » comme l’écrit l’histoire, Marcel Duchamp se révèle avant tout déserteur et décadent, avec un profond rejet des normes dominantes. Le travail, l’ordre bourgeois, la religion, la routine, le bon goût, demeurent « des ennemis » selon ses mots. « Vivre comme un garçon de café » est son option, au prix d’une liberté insatiable. Accompagné de Francis Picabia, son acolyte, et du mouvement dadaïste, incarnation d’un état d’esprit, Rrose Sélavy embrasse une vie de bohème, loin de tout conformisme.

 

#3 La redéfinition de l’oeuvre d’art

I have studied this piece a number of times during academia, I was happy to see it in person.


«  
Que Mr. Mutt ait fabriqué la fontaine de ses propres mains, ou non, est sans importance. Il l’a choisie. Il a pris un élément ordinaire de l’existence et l’a disposé de telle sorte que la signification utilitaire disparaisse sous le nouveau titre et le nouveau point de vue – il a créé une pensée nouvelle pour cet objet » (Marcel Duchamp).

La force de l’oeuvre de ce dernier repose sur la déviation du point de vue : de l’oeuvre au sujet, de l’extérieur à l’intérieur, de la fabrication au concept. Le caractère « original »  d’une oeuvre d’art fabriquée est mise à mal au profit d’un jeu avec le spectateur, celui des représentations symboliques.

 

#4 Il juge la peinture obsolète et opte pour la théorie de la quatrième dimension

etant donnné duchamp

Marcel Duchamp, ‘Etant données :  1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage’, 1968 © Philadelphia museum of art

Alors que la peinture fut son premier compagnon de route, Duchamp condamne l’art rétinien et proclame son arrêt de mort. Il délaisse son univers inspiré par Picabia, Manet, Kandinsky ou encore Derain pour explorer dans les années 1910 la théorie de la quatrième dimension. Les traités sur la perspective alimentent ses expérimentations que cristallisent Le Grand Verre ou Etant données :  1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage (1968). En écho à L’origine du monde de Courbet, l’installation ci-dessus, exacerbe le voyeurisme. Sur un mur réside une porte, sans poignée ni serrure, le spectateur est donc condamné à jouer les espiègles en scrutant le sexe féminin via les deux petits trous à hauteur des yeux.


#5 
Science, hasard, pataphysique… l’expérimentation au cœur de son processus 

Marcel Duchamp, Anemic Cinema, 1926

Le Collège de Pataphysique, encore tenu par les iconoclastes d’aujourd’hui, est une « société de recherches savantes et inutiles ». A l’époque, il était constitué de Jean Baudrillard, René Clair, Max Ernst, Jean Ferry, et autres artistes avant-gardistes, dans l’optique de créer selon des lois propres à la science. La vidéo, ci-dessus, réalisée avec Man Ray, cristallise l’emblème de la pataphysique : une spirale sans fin, riche en symboles. Trois ans avant Un chien Andalou de Luis Buñuel, Anemic Cinema propulse le cinéma expérimental et l’art optique sur fond de parodie d’un septième art muet.


#6 
Calembours et érotisme en ligne de mire  

PicabiaDuchampB

Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q., 1919 © Georges Meguerditchian – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP

L’humour subversif atteint son paroxysme sous Rrose Sélavy. Distiller une pointe d’ironie pour désacraliser, telle est l’opération qualifiée de «  philosophique  » selon ses mots. L’indifférence et l’inframince se révèlent comme des armes pour livrer ses contrepèteries et espiègleries.

 

#7 La réception de l’oeuvre duchampienne creuse les écarts

nu-dans-les-escalier

Marcel Duchamp, ‘Nu descendant un escalier’, 1912 © Philadelphia Museum of Art

Génie ou arnaqueur, les critiques fusent dans l’assistance. Nu descendant un escalier, en est le prototype. En 1912, Marcel Duchamp souhaite l’exposer au Salon des Indépendants, seulement, la veille du vernissage, ses frères et amis exigent l’expulsion de la toile, la jugeant contraire à l’orthodoxie cubiste. Un an plus tard, ce même Nu, s’affiche à l’Armory Show, à New York et engendre l’acclamation des foules. Aux yeux des américains, Nu descendant un escalier s’érige comme le symbole de l’avant-garde.

 

Partager cet article :

2 Commentaires


jorge sancho Galego

Publié le 23 mai 2017, 23h15

Il y a quand méme une grande différence entre les véritables Artistes qui réalisent toutes leur œuvres de a à z et ceux qui se contentent de signer des objets réalisés par d’autres puis ne font que les détourner et présenter ! Bref de la récup du talent des autres !..vous avez compris mes valeurs !:)
Jsg

jorge sancho Galego

Publié le 23 mai 2017, 23h08

En fait l’Histoire de l’Art se trompe sur le véritable révolutionnaire qui en fait sont ces salons qui acceptaient les « oeuvres » sans sélections et jugements comme « les indépendants » à Paris et l’Armory show à New York… et qui ont donc permis des expérimentations devenues Avant gardistes comme les « ready made » de Marcel Duchamp !..

Laisser un commentaire