Semaine des foires à New York: Impressions


L’Armory Show s’est ouvert mercredi Pier 92-94, offrant à ses visiteurs une sélection de galeries et d’œuvres modernes et contemporaines. Comme la FIAC il y a quelques mois, les galeristes n’ont pas pris de risques énormes en présentant leurs artistes phares et des œuvres qui ne bousculent pas fondamentalement ceux qui les admirent. La foire est certes assez conventionnelle, mais elle ravie les amateurs et les collectionneurs, puisque l’on compte, dès la soirée d’ouverture, des ventes jusqu’à 537 000$ (pour une œuvre d’Antony Gormley).

Revenons sur quelques œuvres coup de cœur vues cette semaine :

Richard Pettibone (né en 1938) fait partie de ces artistes qui estiment que si Andy Warhol et Lichtenchtein s’approprient des produits de consommation ou des affiches publicitaires, eux peuvent s’influencer directement du travail d’autres artistes. La Galerie Mitterrand (Paris) présente un solo show de cet « approrieur» , qui réalisa dans les années 1960 cet ensemble de tableaux des maîtres de l’art conceptuel et du Pop Art, pour en faire une œuvre artistique à part entière. Telle une collection imaginaire, sont apposés, comme dans une maison de poupées, une petite Colonne sans fin de Brancusi, des sérigraphies d’Andy Warhol ou des « Shapes Canevas » miniatures de Frank Stella. Il fait dialoguer les œuvres entre elle, dans une conversation que lui même a initié. Ainsi, Pettibone soulève la question de la nature de l’artiste : son originalité tient-elle de la conceptualisation de leurs œuvres ou bien de leurs réalisations ?

Pettibone

Il y a dans le paysage de montagne quelque chose de fascinant, d’attirant. À la fois hostile mais munie d’un calme paisible, presque méditatif, la montagne est souvent réalisée par les artistes dans des tons trichromiques, comme un édifice que l’on souhaite rendre au plus près de sa monumentalité. Wenbo Chen, de la Galerie Tang Contemporary (Bangkok, Hong Kong, Beijing) a été remarqué par des toiles aux couleurs éclatantes et à l’aspect ultra réaliste. Il présente à l’Armory une toile captivante d’un sommet enneigé subissant une déformation en son centre. Comme une choc d’ondes, la toile mélange ce paysage traditionnel avec un élément de rupture, sorte de télescopage de couleurs qui détone et qui nous fait pensé étrangement à un bug de la matrice…

Wenbo Chen

Censurer des nus de maîtres et faire d’images érotiques des œuvres d’histoire de l’art. C’est ce que propose conjointement la galerie Taymour Grahne avec le travail de Faycal Baghriche et la galerie Two Palms avec Richard Prince. L’artiste algérien né en 1972 a mis face à face des coupures de magazines d’art trouvés à Dubaï, où les œuvres ont été censurées à l’aide d’un épais trait de feutre noir. Dialogue entre l’art occidental et l’art de l’Islam qui ne peut représenter de figure humaine, ces réappropriations permettent de changer le sens de l’œuvre d’art. Ce qui intéresse l’artiste, c’est de comprendre en quoi la main même du censeur, par l’acte de cacher les parties intimes de ces peintures, donne à voir des œuvres qui n’ont jamais été vues par les lecteurs autrement que censurées,  et devient ainsi lui-même, par ce geste, un créateur.

Faycal Baghariche

De son côté, Richard Prince offre une série de photographies miniatures de femmes nues, dont les profils découpés sont redessinés au crayon noir. Ces « Nouvelles Figures » révèlent avec humour et légèreté des nus hybrides, entre image érotique et exaltation du corps féminin. On voit de nouveau ici une « réappropriation » qui nous rappelle la citation de Picasso : « Les bons artistes copient, les grand artistes volent ». Un peu voyeuriste, mais un sourire au coin de la bouche, ces petites icônes soulignent subtilement la charge émotive des nus dans l’art.

 Richard Prince

L’espace d’Alexander & Bonin est dominé par une installation circulaire de Mona Hatoum, attirant le regard de tous les visiteurs de l’allée. Turbulence  (2014) tapisse le sol de la galerie par une multitude de billes de marbre noir de différentes tailles. La lumière et l’angle que l’on adopte pour admirer l’œuvre nous révèlent un ensemble immobile dont les éléments qui la constituent deviennent organiques, mouvants, frémissant. Comme une marre de pétrole bouillante, nos yeux écarquillés ont du mal à se détacher de ce cercle à la circonférence parfaite.

 Mona Hatoum

 

Les foires satellites ont quand à elles la côte. Extrêmement visitées cette année, elles donnent un peu de fraîcheur au paysage des foires plus institutionnalisées. The Independent, Volta, Pulse mais aussi Spring Break Art Show, qui propose de révéler des talents et d’instaurer un réel dialogue avec ses visiteurs. Les artistes sont présents pour discuter de leurs projets, les curators ravis de pouvoir expliquer leurs démarches… De la folie de Dustin Yellin (qui a créé la polémique avec son installation The Riches of God’s Love unto the Vessels of Mercy en parsemant des morceaux de billets découpés sur des toiles – 10 000$ au total -) jusqu’à la performance multi-sensorielle de Grace William, les galeries ou collectifs ont investi d’anciens bureaux de la poste à Penn Station. Deux projets retiennent particulièrement l’attention :

Grace Villamil

 

Oliver Jeffers, célèbre illustrateur pour livres d’enfant, a organisé avec quelques personnalités aux profils divers, une performance qui invite à réfléchir sur la notion de mémoire et de regard. Devant ces personnes, il a dévoilé un portrait peint d’un homme, demandant à son assemblée de bien observer la peinture. Il a ensuite trempé le tableau dans de la peinture bleue jusqu’à mi-hauteur, recouvrant une bonne partie du visage de son personnage. Dans quelques mois, il invitera les personnes ayant assisté à la performance à dire ce dont ils se souviennent, afin de voir quel effet le tableau a pu avoir sur ces observateurs, et en quoi leur description transmet une vision singulière de ce portrait.

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Du côté des nouvelles expériences artistiques, le collectif  Visualpilots fondé par Chrisph Thüer et Simon Haenggi dévoile une œuvre sonore et visuelle : des colonnes plasma transmettent des signaux lumineux rythmés par une musique expérimentale, créant un ballet de lumière à la consistance presque organique. On déambule ainsi à travers une pièce sombre, fasciné par ces faisceaux qui clignotent, puis deviennent, l’instant d’après, fluides et harmonieuses.

 

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