Paris-New York en 4 Expositions


Paris-New York, 7h52 de vol, 6h de décalage horaire, et seulement cinq minutes de lecture pour se tenir au courant de l’actualité artistique de la Grande Pomme. 

L’exposition monumentale 

Entrer dans l’espace de Hauser & Wirth est déjà une expérience en soi. Avec son entrée munie d’escaliers rayés signés Martin Creed et son cafe-performance de Björn Roth, la galerie impose son style…et ses artistes. À l’honneur, l’indien Subodh Gupta et son exposition « Seven Billion Light Years ». Avec une habilité toujours surprenante, Gupta utilise objets du quotidien (casseroles, assiettes, rangements…) et matériaux familiers pour créer des oeuvres monumentales. Entre des pièces en quête d’un esthétisme irréprochable et des messages volontairement politiques, le visiteur déambule dans une atmosphère indienne typique, où chaque sens est convoqué, à l’instar des rues bondées de Mumbay: une forte odeur émane d’une surface de terre brute (Pure I, 1994/2014), parsemées ici et là de petites fentes où sont entreposés lunettes ou souliers, comme signe du passage de l’homme. Il y a aussi le bruit de l’eau, passant d’une vasque à l’autre (This is not a fountain, 2011-2013). Cette gigantesque pièce, monticule de pots d’aluminium, est bien l’acmé de cette exposition. Entre Duchamp et Magritte, les références sont lourdes de sens, mais l’oeuvre crée en même temps sa propre signification. Ci celle-ci fait office de pièce d’ouverture, elle est celle que nous gardons le plus en tête, tant elle opère un mélange des saveurs dans notre esprit: bien que l’installation soit attendrissante, par la poétique de l’eau ruisselante, elle est vertigineuse dans le sens où elle nous donne a voir la réalité de l’homme : l’eau comme essence de toute chose, mais qui disparaît on ne sait où, le récipient comme la trace d’humanité la plus sommaire, et le chaos des pots reversés comme signe infaillible de notre société disparate.

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Subodh Gupta – Seven Billion Light Years

511 West 18th Street

10 Février – 25 Avril 2015

La Découverte

Alice Neel est née en 1900. Enfant du XXe siècle, fille de l’Amérique (elle née à Philadelphie et s’eteint en 1984 à New York), elle commence à dessiner très jeune. Ses dessins d’étudiante à la Philadelphia School of Design for Women (aujourd’hui Moore College of Art and Design) et de jeune mariée à Cuba, ne perdent cependant pas de leur innocence. Au moment des années folles, Alice Neel, munie d’une créativité débordante, cherche les thèmes de ses dessins ici et là, faisant le portrait de ses amis, de musiciens et autres artistes de l’avant-garde cubaine. Lors de son séjour long de trois ans à la Havanne, elle développe ses sujets de prédilections, autour des questions politiques et sociales, notamment de l’égalité des hommes et des femmes, mais aussi des blancs et des noirs. Avec un style plein d’humour, les oeuvres se présentent comme des scénettes, où bohémiens, danseuses de cabarets ou vendeurs de tissus, aux traits naïfs, véhiculent des messages polémiques. On y voit des files d’attente de noirs-américains, des dispensaires remplis de monde ou encore des nus interrogeant la sexualité de la jeune femme. C’est ensuite la période de la maternité et de la mort prématurée de son premier enfant qui la pousse à dessiner, encore et encore, sur des thèmes qui vont ensuite l’obséder, jusqu’à ce qu’elle tombe dans une sombre dépression. Ces dessins sont emplis d’une sensibilité toujours juste, et les émotions complexes de l’artiste ne semblent être, comme le dit justement Claire Messud, « rien de moins que les contradictions de la vie elle-meme ».

La dernière partie de l’exposition présente des oeuvres plus tardives de l’artiste: des portraits de ses amis, aux couleurs vives et dans une touche qui n’est pas sans rappeler celles des peintres allemands des années 1940-1950.

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Alice Neel – Drawings and Watercolors 1927-1978

David Zwirner Gallery

537 West 20th Street

19 Février – 18 Avril , 2015

 

Le jeune artiste à suivre de près

James Capper n’a que 27 ans, et il a un avenir brillant devant lui. Ce jeune anglais est un dessinateur hors pair. Et ses dessins ne sont que complémentaires à son travail de sculpteur. Mountaineer est une exposition intime, qui met face à face des croquis de machines aux bras de tarentules ou aux allures d’araignées de mer, avec certaines de ses réalisations: de lourds morceaux d’acier, pièces détachées des machines inventées par l’artiste, qui prennent la silhouette de personnages presque humains. L’homme et la machine est le thème de prédilection de Capper, qui cherche à rendre compte de cette relation par les effets qu’elle produit sur la nature. La machine deforme la terre, la remodèle, la modifie selon les volontés de l’homme. Mais sans la machine, pas de transformation. Et sans l’homme, pas de machine. James Capper a realisé des oeuvres pour des espaces publics, toujours mettant en scène ses machines fantastiques. Si celles-ci ressemblent à des Caterpillar de chantier, elles nous font basculer de la force à la douceur, de la dureté à la bienveillance.

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James Capper : Mountaineer

Paul Kasmin Gallery

515 West 27th Street

12 Février – 14 Mars 2015

 

Le coin des musées

Après l’effervescence des galeries de Chelsea, il est bon de revenir aux sources et admirer les pionniers de la photographie. Et quel régal! Le MoMA consacre en ce moment une grande exposition à la Collection Walther, qui, de salle en salle, nous abreuve de beauté. La liste des photographes est longue, puisque 148 artistes font partie de cette donation extraordinaire: Berenice Abbot, Edward Steichen, Henri Cartier Bresson, Claude Cahun, André Kertesz, El Lissitzky ou encore Alexandre Rodchenko. Ce sont eux qui ont fait de la photographie un medium artistique à part entière. Au delà des images exceptionnelles, petits bijoux de la photographie moderne, une serie de photographies nous montre à quel point ces artistes ne se sont pas cantonnés à l’image artistique ou documentaire. Ils ont exploré les limites, puisant dans la technicité de cet outil et dans ses complexités mécaniques et chimiques. Jouant sur la lumière, les formes et les angles, la photographie est l’objet d’une métamorphose poétique et magique. Et ce n’est pas sans rappeler cette exploration du média photographique que le MoMA propose à ses visiteurs de continuer le voyage en ligne, grâce à un site très fonctionnel qui permet notamment de comprendre les liens étroits que ces photographes entretenaient entre eux, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique.

Pour plus d’informations, c’est par ici: www.moma.org/interactives/objectphoto/

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Modern Photographs from the Thomas Walther Collection, 1909–1949

Museum of Modern Art

11 West 53d Street

13 Décembre 2014 – 19 avril 2015

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