FOCUS EXPO: « Au Temps de Klimt, La Sécession à Vienne »

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 Critique d’exposition

« Au Temps de Klimt, La Sécession à Vienne »

Pinacothèque de Paris

12 février – 21 juin 2015

 

{Une ouverture décevante}

Inaugurée le 12 février à la Pinacothèque de Paris, l’exposition « Au Temps de Klimt, La Sécession à Vienne » s’ouvre par un historicisme assumé. Plongée dans le rayonnement viennois de la fin du XIXe. On découvre les premières œuvres consacrées à l’Empire Autrichien du grand François-Joseph Ier, et la rupture opérée par le groupe d’artistes de la Sécession soulignée par le cheminement du jeune Gustav, fils d’orfèvre qui passera par l’école des Arts Décoratifs. Mais on regrette que la mise en perspective soit si peu illustrée : les travaux du peintre sont les grands absents de ce début de parcours.

Il faut attendre la deuxième salle pour que Klimt, Président du groupe des Sécessionnistes fondé en 1897, s’impose. L’accrochage des deux héliogravures Médecine et Philosophie est un choix pertinent. Malgré l’empreinte de sa formation, on y décèle les prémices d’un traitement symboliste féminin qui préfigurent l’unicité de l’artiste.

Lorsque résonne dans la salle suivante la neuvième symphonie de Beethoven, la référence à la Frise Beethoven fait sourire. Composée de sept panneaux destinés à un décor de l’architecte Josef Hoffman, et réalisée en hommage à l’hardiesse du compositeur, cette frise exprime toute l’audace et la virtuosité de Klimt. Une volonté d’atteindre l’art total, comme le son de cloche d’un renouveau. Mais dans la même pièce, l’exposition révèle quelques toiles académiques et moins piquantes du jeune peintre, dénaturant la cohérence du parcours.

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Vue de la Frise Beethoven, 1902 © Galeriebei der Albertina Zetter Vienne

 

Néanmoins, l’ouverture murale – sur les reproductions à l’identique de la fameuse frise – offre une belle et intéressante perspective. Klimt se met au diapason de la peinture nouvelle qui tire vers l’architecture. Ressurgit l’idée d’une peinture qui fait corps avec le mur, et d’une image ultra stylisée de l’être.

 

{Une aventure à la fois pertinente et répétitive}

L’époque de Gustav Klimt est le fil rouge de l’exposition, mais la nécessaire concentration sur les influences de l’artiste semble parfois rébarbative. L’épanouissement des arts, de l’artisanat, et des sciences a indéniablement participé au développement de la Sécession ainsi qu’à l’apogée de l’Art Symboliste. On regrette cependant l’omniprésence de ces divers héritages, lorsqu’une si large communication a principalement annoncé l’œuvre de Klimt. Ses créations manquent d’autant plus que le conservateur du musée du Belvédère de Vienne – où sont conservées une grande partie des œuvres du peintre – est le commissaire d’exposition.

 

Heureusement, la Pinacothèque souligne gracieusement l’effervescence de l’époque, du mobilier d’Otto Wagner aux peintures d’Oskar Kokoschka, en passant par les dessins d’Egon Schiele et son perturbant Nu féminin se masturbant. Une manière d’explorer les grands thèmes de l’adolescence, de l’éveil des sens et de la conscience spirituelle, mais aussi le sujet si cher aux symbolistes viennois : la femme. Souvent fatale, à l’opposé du nu masculin et rationnel ; mythologique. Elle s’offre à nous sulfureuse, sensuelle, en Judith, présentée pour la première fois en 1901 lors de la 10e exposition de la Sécession viennoise. L’œuvre de Klimt prend enfin la lumière.

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Judith, 1901, huile sur toile, 84 x 42 cm © Musée du Belvédère, Vienne

{Une sortie judicieuse}

Pour clôturer son parcours, l’exposition choisit d’aborder un aspect tout autre : l’art du Paysage. Plus méconnu, ce thème s’illustre par des toiles aux antipodes d’une vision scientifique. Comme une redécouverte d’œuvres miroirs de l’âme.

La salle suivante continue cette percée dans les profondeurs de l’être. Montrant un art du Portrait quasi fantastique, elle offre une vision de l’étude de la psyché où flotte un spectre freudien. Le dessin du caractère humain est bouleversé par cette récente connaissance de l’individu. Il donne aux visages un réalisme parfois photographique, brillamment dépeint dans les tableaux de Max Kurzweil et ses portraits des deux jeunes sœurs Bauer.

 

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Max Kurzweil, Mira Bauer et Bettina Bauer, 1908, © Wien, Österreichische Galerie

Ces nouvelles orientations de l’art du début du XXe siècle sont l’annonce du mouvement expressionniste. Si l’Expressionnisme s’impose alors par un basculement définitif vers une peinture de l’intériorité, ici il marque la fin d’une vaste manifestation. Une exposition rare par son éclectisme et son contenu incontestablement riche ; magnifiés par une scénographie de l’architecte Laurent Guinamard-Casati.

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