Chronique d’exposition : America Latina / Fondation Cartier

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Vous avez jusqu’au 6 avril pour visiter l’exposition America Latina – 1960 – 2013. Et ça vaut le coup d’aller y jeter un oeil !

SEJA MARGINAL

SEJA HEROI

Alors que l’Amérique du Sud, Brésil en tête, s’apprête à devenir la nouvelle place forte du marché de l’art, America Latina 1960-2013, l’exposition tentaculaire de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, rétrospective de plus de 500 œuvres, montre l’importance de la photographie dans le devoir de mémoire, à travers le prisme de la relation entre texte et image photographique.

Trop.

Un sentiment accablant empêche le spectateur, tout au long de l’exposition, de relever les épaules, qui ploient sous le poids de plus de 40 d’Histoire sanglante.

Même en l’absence d’une connaissance accrue du contexte sociopolitique et économique qui agita l’Amérique du Sud pendant ses années les plus sombres, on comprend rapidement que la dictature a poussé les artistes, toutes générations confondues, à s’exprimer massivement. La puissance de l’image, souvent associée à celles des mots, étant plus efficace que n’importe quel discours. Surimprimé, bidouillé, détourné, découpé, le mot ajoute encore un peu plus à l’indicible horreur d’un régime totalitaire.

Alors que l’Amérique du Sud est majoritairement associé dans l’imaginaire collectif à une salve de couleurs flamboyantes, ici c’est le noir et blanc qui domine, comme s’il ne fallait pas accroitre par le superflu le mal être ambiant. Beaucoup de photos, ça signifie beaucoup d’informations à assimiler pour le spectateur, qui se retrouve à arpenter un espace cloisonné et nécessairement anxiogène, reflet de la mémoire en lambeau d’un peuple sud américain qui a encore aujourd’hui du mal à définir une identité commune au delà de la souffrance.

Bolivie, Colombie, Argentine… partout ce même besoin boulimique de la photographie. Fixer l’instantané. Fixer l’histoire pour que jamais personne ne puisse se permettre d’oublier les horreurs, la torture, les massacres d’innocents, les populations déportés, et la résitance, toujours.  

Une vidéo d’une heure qui égraine comme une rengaine morbide des chansons écrites et interprétées par des survivants aux massacres perpétrés en Colombie et en Bolivie serre le coeur du spectateur qui prend le temps de s’arrêter devant. Plan fixe et serré sur le visage des témoins souvent au bord des larmes – et qui parfois laissent couler le liquide précieux et salvateur de leurs yeux encore aggrandis par une souffrance soudaine et incompréhensible. 

Jean Paul Sartre disait que l’on est jamais aussi libre qu’en temps de guerre. Ici, libre de faire des choix dangereux et mortels mais salutaires. Le choix de ne jamais se rendre, car le tyran n’est jamais aussi grand que lorsque l’homme en face de lui est à genoux. Pas de désespoir pourtant, pas de résignation. Le regard est parfois distant et journalistique, souvent trop impliqué et manquant de recul. Le mélange de ces deux point de vues et d’une infinité de manière d’envisager la photographie, permet au spectateur ivre d’images d’embrasser dans sa globalité un monde qui parfois lui échappe Il y a surtout, dans ces photographies, l’amour infini et immuable des héros, des révolutionnaires (Che Guevara), des marginaux, des artistes (Frida Kahlo). Le talent aussi. Le bon cadrage, le bon moment, l’angle juste et évocateur. America Latina n’est pas qu’un ramassis de photo de témoins, mais un ensemble cohérent d’ouevres de vrais artistes, rarement présentés en Europe. 

Hélio Oiticica

astudillo

casco

fantozzi

andujar

jjjkkiuuu

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